Le bazar amoureux, Jean-Pierre Ronfard

On se surprend d’abord du fait que ce soit sous la couverture bleue de la collection « Liberté grande » que Le bazar amoureux de Jean-Pierre Ronfard soit donné à lire : les miniatures charnelles et charnues laissées par le défunt homme de théâtre (1929-2003) campent nettement du côté de la fiction littéraire, alors que cette série dirigée par Robert Lévesque se consacrait jusqu’à maintenant à la prose d’idées. Peut-être faut-il lire cette suite de mises en bouche (ou mises à feu) comme un traité sur le désir mâle : cinquante historiettes — un seul paragraphe parfois, jamais plus de cinq pages — coulées de la plume d’un ripailleur de première classe, un bon satyre confondant joyeusement bonne chair et bonne chère, pour le meilleur et pour le pire. Comme parfois avec le sexe, ça touche par moments à l’odieux et au mesquin. Contrairement au sexe, on aimera particulièrement les moments où l’auteur nous laisse en plan, nous oblige à terminer ça en solitaire, nous invite à imaginer l’après, l’avant, le pourquoi et le comment.

Le bazar amoureux

Jean-Pierre Ronfard, Boréal, Montréal, 2016, 170 pages