Car la vie est si fragile

On sent la douleur ressentie face aux attentats, mais aussi la force et la détermination d’aller au-delà de la terreur.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse On sent la douleur ressentie face aux attentats, mais aussi la force et la détermination d’aller au-delà de la terreur.

Le troisième roman du Français Julien Suaudeau résonne comme un vibrant appel à la vie, un an presque jour pour jour après les attentats terroristes du vendredi 13 novembre dernier à Paris. En exergue du roman, l’extrait d’un poème d’Aragon donne le ton (et le titre) du livre : « Rien n’est plus fort, ni le feu ni la foudre, que mon Paris défiant les dangers ». On sent d’emblée la douleur ressentie face aux attentats, mais aussi la force et la détermination d’aller au-delà de la terreur.

Ni le feu ni la foudre suit cinq personnages tout au long de la journée du 13 novembre, tous plus ou moins liés entre eux et qui vont peu à peu diriger leurs pas vers le Bataclan et les autres cibles où 130 personnes ont été tuées l’an dernier. Chacun des personnages est aux prises avec un drame personnel : Ariane, enceinte, qui décide de quitter son conjoint pour « se remettre à vivre » ; Pauline, hantée par la disparition de son frère jumeau; Igor, à qui le médecin annonce qu’il lui reste cinq semaines à vivre ; Raphaël, qui veut reprendre le contrôle de sa vie après une série d’échecs professionnels et personnels ; et enfin Stella, une ado de 13 ans persécutée à l’école pour son orientation sexuelle, qui sent, qui sait, le drame à venir.

L’histoire s’arrête juste avant que ne surviennent les attentats. On ignore donc si ses protagonistes en seront victimes, laissant une fin ouverte et ambiguë. On sait, nous, lecteurs et citoyens, que les attentats fatidiques s’en viennent, par de petites allusions ici et là, une voiture belge, un concert. Mais jamais il n’est question de terrorisme dans le roman, où chacun vaque à ses petites affaires personnelles, à sa vie. C’est peut-être là à la fois la beauté et la faiblesse du roman. Beauté parce que Suaudeau choisit de montrer combien la vie est fragile et précieuse, malgré tous les problèmes. Faiblesse parce que le roman n’a de sens que lié aux attentats, et que leur quasi-absence laisse une impression de déséquilibre.

Ni le feu ni la foudre vient clore un cycle de trois romans que certains journalistes ont qualifié de « trilogie de la terreur ». Par un terrible hasard, le premier roman de Suaudeau, Dawa (2014), mettait en scène une série d’attentats terroristes perpétrés à Paris… un vendredi 13. Le deuxième roman, Le Français (2015), examinait les motivations d’un jeune paumé français pur jus parti faire le djihad au Mali et en Syrie.

Les thèmes du terrorisme et de l’islamisme, si présents dans l’actualité, ont inspiré un certain nombre d’auteurs français, dont Michel Houellebecq avec son controversé roman Soumission. Julien Suaudeau est toutefois d’une tout autre école. Des États-Unis où il vit depuis 10 ans, il a dénoncé à plusieurs reprises dans Le Monde et Libération le durcissement identitaire de la société française devant l’islam et l’abandon des jeunes des banlieues pauvres par l’État français, en cause selon lui dans la radicalisation des jeunes musulmans.

Ce troisième roman est en quelque sorte sa réponse pleine d’humanité aux attentats islamistes d’il y a un an. En ces temps de terrorisme, il nous dit que nous sommes fragiles et nous appelle à vivre du mieux que nous pouvons.

Ni le feu ni la foudre

Julien Suaudeau, Éditions Robert Laffont, Paris, 2016, 270 pages

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