Poésie - Sous l'écorce de la mémoire

Il y a quelques mois, le Noroît publiait un magnifique recueil (traduit par Hélène Dorion et François-Michel Durazzo) de Carles Duarte i Montserrat intitulé Le Silence. Cette première incursion dans la poésie catalane contemporaine de la part de l'éditeur montréalais n'allait sûrement pas se terminer ainsi.

Paru il y a déjà quelques semaines, Vol de cendres de Jaume Pont (également traduit par Durazzo) compte parmi les plus belles surprises littéraires de 2003. Cette méditation profonde sur la mort du père a d'ailleurs reçu le prestigieux prix de poésie Serra d'or en 1997 et a récemment été couronné par le plus important prix de poésie décerné à un recueil de poèmes en Espagne, le prix de la critique.

Cette voix aussi dense qu'elliptique met en mouvement une incroyable osmose avec le temps, de même que l'autre face à la fuite inévitable du monde. Dans le poème Sans échappatoire, Ponte écrit: «La parole immobile. / Le lendemain / est une ampoule rouge pendue / au plafond où muets s'abreuvent les souvenirs. / Peu importe que sonnent les douze coups / de minuit. / Les subtils pièges / pour tromper la Parque tombent: / encore un jour, mon fou, un autre jour, / tu te touches du côté de la vie / tandis qu'en secret le silence trafique / l'autre côté malhabile de la mort.» Une parole nette et profonde.