Littérature québécoise - Utopie à saveur indienne

Créée en 1968 par Mirra Alfassa, surnommée la Mère, une Française qui avait repris l'autorité spirituelle de l'ashram de Sri Aurobindo à la mort du gourou — l'un des plus populaires de l'Inde parmi les Occidentaux —, Auroville est une communauté d'hommes et de femmes, de toutes origines, qui aspirent à vivre en paix et en harmonie. Le premier article de la Charte donne tout de suite le ton: « Auroville n'appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l'humanité dans son ensemble.»

Offrant son «trop-plein» au vide existentiel du voyageur en quête de rupture, l'Inde répond plus souvent qu'à son tour à toutes les conditions du désir d'évasion. Et puisqu'elle conjugue l'utopie collective à la quête spirituelle, cette «cité universelle» fait à elle seule la somme de tous les possibles. Monique Patenaude, qui partage sa vie entre Auroville et Montréal, signe avec ce premier roman la chronique intime de cette aventure spirituelle collective — toujours en cours aujourd'hui — sur fond des longues querelles politiques et juridiques qui ont secoué la communauté à la mort de la fondatrice en 1973.

Parmi ces 900 naufragés qui aborderont les rives du Tamil Nadu, à quelques kilomètres de Pondichery, figure une jeune Québécoise, Lysiane Delambre, dont le récit nous permettra surtout de suivre les traces. Entre 1977 et 1987, comme de nombreux jeunes Occidentaux déboussolés, à la poursuite d'un équilibre intérieur, elle prendra part à cette utopie qui connaîtra des hauts et des bas. Mais au fil des ans, entre les maladies, le retour de la mousson et les passages à vide, l'Inde lui permettra surtout de se trouver une âme et de faire battre son coeur au diapason de la «Conscience infinie».

Un regard lucide

D'une écriture maîtrisée, quoique trop tiède pour être vraiment personnelle, Made in Auroville, India n'a cependant pas toute la force que le sujet aurait pu lui inspirer. Reste un regard lucide, sans le parti pris qu'on aurait pu craindre, qui n'hésite pas à explorer les angles plus sombres d'Auroville, qui demeurera toujours, à sa façon, un petit noeud de vipères: «Là-bas, on a l'impression d'observer l'humanité avec une grosse loupe. On dirait une gigantesque caricature de l'espèce humaine!»