Le Femina au surprenant romancier français Marcus Malte

Marcus Malte, lauréat du prix Femina 2016
Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse Marcus Malte, lauréat du prix Femina 2016

Le prix Femina a été attribué au Français Marcus Malte pour son roman Le garçon, qui invite à traverser le début du XXe siècle aux côtés d’un garçon sans nom, a annoncé mardi, à Paris, le jury de ce prix littéraire exclusivement composé de femmes.

Pour cette fresque historique de plus de 500 pages publiée chez Zulma, Marcus Malte, 49 ans, a obtenu sept voix contre trois à Nathacha Appanah pour Tropique de la violence, publié chez Gallimard.

Auteur étonnant, oscillant entre poésie, roman noir et épopée, Marcus Malte a l’art de surprendre. On lui doit une dizaine de romans, et notamment Garden of Love.

« [Le garçon] est une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage qui parvient à la civilisation », a déclaré Mona Ozouf, présidente du prix Femina.

« C’est un grand roman d’apprentissage, une allégorie de l’ensauvagement des hommes par la guerre », a ajouté la présidente.Le garçon dont nous parle Marcus Malte ne sera jamais nommé. « Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. »

   

Fresque et roman

Cette histoire qui s’étale de 1908 à 1938 tient à la fois de la fresque historique — on y parle beaucoup de la « boucherie » de la Première Guerre mondiale — et du roman d’initiation. Dès les premières lignes, on est saisi par la puissance et le souffle de l’écriture qui privilégie la sonorité. Ses mots roulent et ses phrases chantent, qu’elles décrivent la passion ou la mort.

« J’avais envie d’utiliser un registre de langage très différent de ce que je fais habituellement, a-t-il expliqué de sa voix douce après la remise de son prix. Le fait de placer mon histoire cent ans en arrière m’obligeait à changer mon registre de langue. »

Le prix Femina du roman étranger a été attribué à Rabih Alameddine, d’origine libanaise, pour Les vies de papier (Les Escales) et le Femina de l’essai, à Ghislaine Dunant pour Charlotte Delbo. La vie retrouvée (Grasset).

Le Femina ouvre la saison annuelle des prix littéraires en France, dont le plus prestigieux, le Goncourt, sera annoncé le 3 novembre.


Prix littéraire: l’oeuvre ou l’auteur?

Faut-il récompenser une oeuvre ou bien saluer les débuts d’un écrivain prometteur ? Dans la dernière sélection des Goncourt, annoncée hier en même temps que le prix Femina décerné à Marcus Malte (né en 1967), les deux cas de figure se présentent. Catherine Cusset (née en 1963) et Régis Jauffret (né en 1955) sont des romanciers de talent et d’expérience. La première concourt avec l’histoire d’un ami suicidé, L’autre qu’on adorait (Gallimard), le second avec un roman épistolaire sardonique, Cannibales (Seuil), la correspondance d’une femme avec la mère de son ex. L’autre duo sélectionné est composé d’auteurs également talentueux, mais nouveaux dans la profession. Leïla Slimani, née en 1981 au Maroc, s’impose avec un second roman, Chanson douce (Gallimard), le récit tranquillement glaçant d’une nounou assassine. Gaël Faye, jeune rappeur né en 1982 au Burundi, a fait sensation, cette rentrée, avec Petit pays (Grasset) : le souvenir du paradis perdu, la guerre à hauteur d’enfant. Prix du roman Fnac, c’est un livre qui a remporté un succès éclatant, à la fois public et critique. Ce ne serait pas la première fois que le prix Goncourt récompense un premier roman. Résultat le 3 novembre.