L’Hexagone revoit à la baisse le nombre de ses publications

Le poète Olivier Marchand (à droite) en septembre 2013, aux côtés de Danielle Fournier, alors directrice littéraire, et de Martin Balthazar, toujours vice-président chez L’Hexagone
Photo: François Pesant Le Devoir Le poète Olivier Marchand (à droite) en septembre 2013, aux côtés de Danielle Fournier, alors directrice littéraire, et de Martin Balthazar, toujours vice-président chez L’Hexagone

Certains amateurs et auteurs de poésie se sont inquiétés, à la rentrée littéraire de septembre dernier, de ne voir aucune nouvelle publication annoncée à L’Hexagone, maison d’édition historique en poésie québécoise. Chronique d’une mort annoncée ? demandaient certains. Simple changement de stratégie éditoriale, répond le vice-président, Édition, du Groupe Ville-Marie, Martin Balthazar.

C’est le report de la publication des deux recueils prévus cet automne et gagnants à mûrir encore qui a causé cette saison vide, comme l’expliquait Martin Balthazar en entretien téléphonique au Devoir. Ainsi que le changement de stratégie non seulement de L’Hexagone, mais de toutes les maisons d’édition du Groupe Ville-Marie (Typo, VLB éditeur, La Bagnole, et les encore nouvelles Éditions du Journal), qui vise désormais à produire moins de livres et à les travailler plus longtemps.

« On coupe des titres un peu partout, oui, a reconnu M. Balthazar. Dans un univers où il y a énormément de publications, et où il y a toujours davantage de maisons d’édition, de livres, de variété — ce qui est une bonne chose en soi —, on estime qu’on a intérêt à faire un plus petit nombre de titres, et à les soutenir avec davantage de créativité. »

Il fut un temps, pas si lointain, où le Groupe Ville-Marie, en comptant la production de La Bagnole, publiait 80 titres par année, soutenus par une équipe de sept ou huit employés. « Ça n’a pas d’allure dans le contexte actuel ! L’an prochain, on essaie de ramener à 60-65 titres [pour le Groupe]. Donc effectivement, on publie moins de poésie. »

Le vice-président insiste pour qu’on n’oublie pas les livres d’Ariane Audet, de Simon Dumas, de Denise Boucher, et celui sur le cinéma de Michel Brault, parus cette année à L’Hexagone. « On s’enligne pour faire cinq ou six recueils en 2017 », plutôt que la douzaine annuelle qui paraissait encore au début des années 2000.

Le travail éditorial continue d’être mené par Fabrice Masson-Goulet et Charles Dionne, de Poème Sale. Bertrand Laverdure se joindra bientôt à la maison. Une équipe tournée vers l’avenir, et jeune, du point de vue de l’expérience éditoriale ; entièrement masculine, et à la pige ; qui aura « la mission de trouver de nouveaux poètes et de leur donner la parole, à eux et à ceux de la maison, mais effectivement avec une voilure réduite. L’ambition qu’on a, c’est de faire des livres qui vont se démarquer. Des maisons d’édition comme Le Cheval d’août ou La Peuplade, qui font quatre à cinq titres marquants par année dans un paysage où il y a beaucoup de stock, deviennent des modèles », poursuit Martin Balthazar.

Clef de voûte de la poésie

L’Hexagone, ne serait-ce que par ses fondateurs (dont Gaston Miron, Gilles Carle, et Olivier Marchand), est une clef de voûte de l’histoire de la poésie. Née en 1953, elle a su monter un catalogue marquant, où figurent Roland Giguère, Paul-Marie Lapointe, Jean-Guy Pilon, Yves Préfontaine, Hélène Dorion et autres Fernand Ouellette. La maison est un des piliers de l’édition de la poésie au Québec, avec les Écrits des Forges, les Herbes rouges et le Noroît. Plusieurs nouveaux joueurs se sont ajoutés au fil des dernières décennies. Poètes de brousse, Le Lézard amoureux, l’Écrou s’y spécialisent, chacun dans son esthétique ; le Quartanier, Triptyque, Mémoire d’encrier et La Peuplade y touchent également, et transforment le milieu et le paysage.