Un réseau scolaire méconnu

L’Association pour la promotion des services documentaires scolaires présume qu’il y a à peu près une biblio par école, soit 2300 au Québec, pour desservir une population de 1 120 000 élèves, à vue de nez.
Photo: Francis Vachon Le Devoir L’Association pour la promotion des services documentaires scolaires présume qu’il y a à peu près une biblio par école, soit 2300 au Québec, pour desservir une population de 1 120 000 élèves, à vue de nez.

Quel est le plus grand réseau de bibliothèques du Québec ? Celui des bibliothèques scolaires. C’est un réseau pourtant méconnu, composé de bibliothèques qui ne demandent qu’à être davantage exploitées et reconnues.

Étrangement, il n’y a pas de statistiques au Québec sur le nombre de bibliothèques scolaires du territoire. Mais l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires (APSDS) présume qu’il y a à peu près une biblio par école, soit 2300 au Québec, pour desservir une population de 1 120 000 élèves, à vue de nez.

Marie-Hélène Charest, porte-parole de l’APSDS, se réjouit des grandes améliorations des dernières années. « En 2002-2003, rappelle-t-elle, on comptait 26 bibliothécaires scolaires sur l’ensemble du Québec. En 2014, ils étaient 128. » C’est le plan d’embauche 2008, issu du Plan d’action pour la lecture à l’école du ministère de l’Éducation, qui a propulsé cette amélioration. L’objectif, pas encore atteint, reste de 200 bibliothécaires pour le Québec, soit 1 par 5000 élèves.

Un idéal ? Une utopie trop optimiste, répond madame Charest. Car ce ratio rêvé du ministère peut, dans la réalité, vouloir dire qu’un bibliothécaire s’occupe et visite au-delà de 20 écoles. « C’est énorme ! quantifie la représentante. Comment voulez-vous performer en gérant les bibliothèques de 20 écoles à la fois ? Et imaginez la cohorte de professeurs à qui il faudrait alors répondre… »

Multiples tâches

Car le bibliothécaire scolaire a ses particularités. En plus de gérer et développer la collection — « ce n’est pas juste entrer en librairie et acheter pour 5000 $ afin qu’il y ait des livres dans l’école. C’est réfléchir au meilleur déploiement, à chaque dollar investi, à la nécessité des ressources choisies… » —, il se doit de gérer le traitement documentaire, l’informatisation, la promotion et la mise en valeur, tout en accompagnant les enseignants dans leurs pratiques pédagogiques. « Il faut les conseiller pour intégrer la littérature dans leurs cours, explique madame Charest, ce qui n’est pas une mince tâche. On doit connaître leurs intentions pédagogiques, et travailler à partir du programme de formation. Bref, mettre notre expertise au service de l’enseignement. » Et selon les commissions scolaires, bien sûr, le mandat peut changer peu ou prou.

« On n’a pas atteint les cibles du plan d’embauche de 2008 pour diverses raisons », explique la représentante, elle-même bibliothécaire scolaire. Les coupes demandées aux écoles font que plusieurs commissions repoussent l’emploi d’un bibliothécaire. Qui se fait plutôt rare, indique madame Charest, « parce que les conditions de travail sont particulières ; et qu’on est incapable dans le contexte actuel de rendre un service maximal ». Ce métier se heurte aussi à une image traditionnelle, venue des parents bénévoles qui s’occupent du simple prêt de livres — essentiels eux aussi, par ailleurs, mais au rôle autre. Enfin, parce que la nécessité du travail fait de concert par les bibliothécaires et les techniciens en documentation reste incomprise. « En 2014, on compte 588 techniciens en biblios scolaires, poursuit la porte-parole. Souvent, on met un technicien dans une école secondaire, et un bibliothécaire dans une école primaire, alors qu’il faudrait les deux dans une seule école pour bien vraiment bien travailler. »

Les chantiers sont immenses et nombreux, indique Marie-Hélène Charest. S’il fallait nommer les deux plus urgents ? « L’exploitation pédagogique de la bibliothèque, et les compétences informationnelles. Et l’intégration du livre numérique — il y a de grosses lacunes. Et l’informatisation des biblios… poursuit-elle, enflammée. On devrait pouvoir faire comme en Ontario et construire des “ carrefours pédagogiques ”. Ici, on parle plutôt des quatre axes d’exploitation : pédagogique, culturelle, collaborative et numérique. Mais il faut du personnel qualifié pour faire ça. On serait rendu là ! Il faut amener nos bibliothèques à un autre niveau, et nous pousser plus loin ! »

La représentante de l’APSDS portera bientôt ces demandes à la Commission parlementaire sur la réussite éducative. Elle y rêvera, confie-t-elle, d’une biblio scolaire du XXIe siècle, comme « lieu d’échanges et de mobilité [où] l’usage des tablettes, des liseuses et des portables encourage les déplacements dans l’espace de même que l’interactivité et l’apprentissage collaboratif, écrit-elle dans l’ébauche de son mémoire. Il en va de l’avenir des élèves et du monde dans lequel ils vivent. »


1 école + 1 bibliothécaire = une meilleure lecture

Une méta-analyse du Library Research Service au Colorado conclut que « plusieurs études menées au cours des vingt dernières années démontrent que les élèves qui fréquentent une école où travaille un bibliothécaire obtiennent de meilleurs résultats aux examens de lecture que les élèves issus des écoles qui ne bénéficient pas des services d’un bibliothécaire ».