L’autoédition numérique accuse un retard certain au Québec

Les auteurs québécois sont encore très peu nombreux à baigner dans cet univers qui a, il faut le dire, encore mauvaise presse.
Photo: Martin Dimitrov / Getty Images Les auteurs québécois sont encore très peu nombreux à baigner dans cet univers qui a, il faut le dire, encore mauvaise presse.

L’autoédition sur plateforme numérique peine à faire sa place au Québec. Non seulement le secteur est-il marginal, mais il souffre d’une offre incomplète contrastant avec ce qui se fait ailleurs dans le monde, notamment chez les cousins français ou les voisins américains. Un contexte au surplus plombé par l’absence de cadre législatif clair, montre une étude rendue publique mardi par l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).

Les auteurs québécois sont encore très peu nombreux à baigner dans cet univers qui a, il faut le dire, encore mauvaise presse. Ils n’y sont pas insensibles pour autant. Un sondage mené auprès de 435 membres de l’UNEQ aux fins de cette étude révèle que 26 % d’entre eux disent bien connaître les plateformes d’autoédition numérique. Près des deux tiers (62 %) se disent même intéressés par le phénomène. Malgré cela, seuls 16 % ont osé le grand saut.

On est loin des États-Unis, où « le nombre de livres autoédités sur des plateformes numériques dépasse maintenant le nombre de livres édités en format imprimé », explique la consultante Émilie Paquin, qui signe cette étude d’une trentaine de pages. Là-bas, non seulement les livres autoédités ont-ils pour eux la force du nombre, ils pèsent aussi lourd sur les palmarès, plusieurs d’entre eux se hissant au sommet des ventes. L’exemple le plus connu reste la bluette sexy et vaguement sado-maso Fifty Shades of Grey, véritable phénomène littéraire récupéré par l’édition traditionnelle, puis par Hollywood.

Beaucoup de questions

À l’UNEQ, cette vague de fond, dont les effets peinent même à faire frémir les eaux québécoises, soulève néanmoins beaucoup de questions parmi les membres. « C’est un mouvement très important ailleurs dans le monde, notamment aux États-Unis, et on peut penser que ça va se développer ici aussi et nous voulons être prêts. D’où ce premier panorama », explique Marie-Andrée Boivin, chargée de communications à l’UNEQ.

Dans cette étude, Émilie Paquin juge le marché québécoisdel’autoédition numérique « inexistant ». L’offre est à l’avenant, bien maigre, et largement dominée par les grandes entreprises américaines et européennes, poursuit celle qui est spécialisée en édition et production de contenus numériques. Sur la trentaine de plateformes répertoriées, seules cinq sont québécoises. « C’est problématique sachant que, en cas de conflit commercial ou de violation de droits d’auteur, les recours sont complexes et peu nombreux », poursuit Mme Paquin.

Dans le monde, l’autoédition numérique offre pourtant des services très diversifiés ; du service minimal à une formule à la carte jusqu’au service clé en main. « Certains font une sélection à l’entrée comme le font les éditeurs, mais c’est très rare », précise Mme Boivin. C’est le cas de Librinova ou Pressbooks, par exemple. Ce faisant, l’édition numérique peut devenir une rampe d’accès à l’édition dite traditionnelle et plusieurs exemples français et américains témoignent de l’efficacité de ces formules.

L’autoédition peut également permettre à un auteur de rendre un de ses livres épuisés disponible à nouveau. C’est le cas avec Bookelis ou Kobo Writing Life. D’autres plateformes font exploser les maquettes habituelles pour proposer de nouvelles façons de raconter une histoire, comme Fyctia et Short Edition. D’autres permettent enfin à l’auteur d’intégrer ses propres illustrations, comme Blurb et iBooks Author, par exemple.

Méfiance

Le Québec n’a toutefois pas accès à tout cet éventail, précise Mme Paquin. Et la méfiance prévaut encore pour ce mode de diffusion que plusieurs qualifient de vanity press. Et pour cause.

« Le meilleur y côtoie bien souvent le pire, convient Mme Paquin. Ce qui n’empêche pas qu’il faille s’y intéresser. Auteurs comme éditeurs. C’est un phénomène qui évolue beaucoup. Il y a vraiment des possibilités intéressantes à explorer. » D’autant qu’en définitive « c’est toujours le livre qui l’emportera. Quelle que soit la manière dont il sera diffusé ».

Profil de l’autoédité

Il n’existe pas de données québécoises et très peu de données francophones documentant l’autoédition, qui a le vent en poupe, spécialement chez nos voisins du sud. L’étude la plus citée à cet égard reste celle de la plateforme française Bookelis datant de 2015 et montrant que cet auteur est généralement :

Âgé de 35 à 55 ans : 41 %
 
Urbain : 62 %
 
Auteur depuis plus de 5 ans : 70 %
 
Lecteur assidu : 20 titres +/an : 32 %