Leçon d’histoire à l’usage du moderne

L’union des travailleurs est-elle un idéal rationnel pour rapprocher les différences?
Photo: iStock L’union des travailleurs est-elle un idéal rationnel pour rapprocher les différences?

L’actuelle campagne à la direction du Parti québécois n’exclut ni l’attaque personnelle ni le rejet démagogique de la burqa. Cela fait regretter les critiques de fond que la gauche radicale éclairée adressait à la formation dans les années 1970 et 1980, et que le sociologue Pierre Beaudet ressuscite. À propos du Canada et du Québec, il rappelle « qu’une nation qui en opprime une autre ne saura jamais elle-même être libre ». Et cela devrait-il enfin inspirer le PQ ?

Cette idée chère à la meilleure tradition marxiste provient du Discours sur la Pologne (1847), de Friedrich Engels. En 1978, un texte marquant de la Ligue ouvrière révolutionnaire la reprend. Beaudet reproduit celui-ci dans son anthologie Quel socialisme ? Quelle démocratie ? qu’il présente avec érudition et discernement. Le groupe trotskiste dénonçait à l’époque « l’indifférence historique du prolétariat canadien-anglais à l’oppression nationale du Québec » et souhaitait unir les deux nations « pour détruire la Confédération » !

Bien sûr, il faut faire abstraction du vocabulaire vieilli, comme l’est le mot « prolétariat », plus adapté au XIXe siècle qu’au nôtre. Il reste que l’intuition d’unir les travailleurs, au-delà des langues et des nations, est, plus que jamais, un idéal rationnel et généreux, et ce, pour éliminer la dépendance fondée sur les différences en améliorant la condition sociale de tous. Voilà ce que pense Beaudet, partisan, dès cette époque, d’un « socialisme démocratique », contre-pied d’un marxisme « ossifié », « dogmatique ».

En finir avec le dogme

Avec, en particulier, l’un des fondateurs en 2006 de Québec solidaire, son compagnon de lutte François Cyr (1952-2012), à la mémoire de qui il dédie son livre, il n’a cessé de s’en prendre à ce qu’il appelle avec justesse « la religiosité des mouvements marxistes traditionnels » du temps. Ceux-ci étaient, en effet, une étrange version laïque du catholicisme étriqué qui avait tant marqué la société québécoise.

Il fallait, au contraire, moderniser le socialisme. Les plus lucides voudront le concilier avec les droits de la personne et l’enrichir de l’apport de courants récents comme le féminisme, l’écologisme, l’altermondialisme, sans oublier l’indépendantisme québécois affranchi du monopole péquiste.

Au militantisme fatigué d’une gauche radicale devenue inefficace et souvent au bord de la dissolution, Beaudet et d’autres intellectuels, dont le sociologue Gilles Bourque, opposent, dès 1979, un indépendantisme québécois socialiste axé sur « la coordination des forces ouvrières et populaires du Québec, du Canada et des États-Unis contre un même système de domination ». Très ambitieux, voire utopiste, le projet a au moins le mérite de resituer le Québec dans l’histoire du continent.

Laissant le PQ s’embourber dans les querelles provincialistes, il renoue avec le panaméricanisme visionnaire de Papineau.

Quel socialisme ? Quelle démocratie ?

Pierre Beaudet, Varia, Montréal, 2016, 260 pages

La gauche québécoise au tournant des années 1970-1980

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 25 septembre 2016 08 h 53

    Querelles de sectaires

    Moi, et mon mouvement, représentent l'authentique socialisme qui englobe toutes les libérations, collectives comme individuelles, économiques comme culturelles. Hors de ma religion, poinr de salut.

  • Loyola Leroux - Abonné 25 septembre 2016 19 h 59

    La gauche sur un air connu

    Monsieur Beaudet nous parle d'un temps que les moins de vingt ans
    ne peuvent pas connaître. L’UQAM en ce temps-là servait de nid a des jeunes révoltés, exités, écorchés, qui étaient heureux en préparant la Grand Soir. Ils travaillaient dans des usines la nuit pour donner au Parti. Pour donner plus ils ne mangeaient qu’un jour sur deux.

    Dans les cafés voisins de la République du Read, nous étions quelques-uns qui attendions la gloire. Et bien que miséreux avec le ventre creux nous ne cessions d'y croire. Nous vivions des bourses et des petits projets. Et nous avions tous du génie. Souvent il nous arrivait devant nos bureaux de passer des nuits blanches, retouchant le projet préparant le Grande Revolution Prolétarienne, en prenant des bieres, épuisés mais ravis. Et nous vivions de l'air du temps.

    Quand au hasard des jours, je m'en vais faire un tour a mon ancienne adresse je ne reconnais plus, ni les murs ni les rues, qui ont vu ma jeunesse. La gauche, la gauche ca ne veut plus rien dire du tout.