Renaud-Bray met la main sur Olivieri

Il s’agit d’un nouveau bouleversement dans le réseau des libraires indépendants québécois, dont les ventes de livres n’ont cessé de chuter, au profit des grandes chaînes comme Renaud-Bray.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il s’agit d’un nouveau bouleversement dans le réseau des libraires indépendants québécois, dont les ventes de livres n’ont cessé de chuter, au profit des grandes chaînes comme Renaud-Bray.

Près d’un an et demi après s’être offert le Groupe Archambault, le grand patron de Renaud-Bray, Blaise Renaud, vient de mettre la main sur le libraire indépendant Olivieri, a appris Le Devoir. Les deux fondateurs demeureront toutefois à la barre du commerce-bistro du chemin de la Côte-des-Neiges.

Fermée de façon temporaire depuis lundi, Olivieri doit rouvrir ses portes le 26 septembre, mais cette fois avec un nouveau propriétaire. Quoi qu’il en soit, l’entreprise fondée il y a 31 ans par Rina Olivieri et Yvon Lachance conservera son autonomie et son identité propre.

Sur Facebook mercredi, la librairie reconnue pour sa vaste collection d’oeuvres étrangères et de matériel éducatif, entre autres, expliquait la fermeture imprévue par le fait que « les temps ont été très difficiles chez Olivieri » dans la dernière année.

Entre en scène Blaise Renaud. « Olivieri s’est taillé une place importante dans le marché, au point de devenir un véritable centre de rencontres littéraires. Comme plusieurs librairies indépendantes, cet établissement a su développer une niche qui sert parfaitement une clientèle fidèle, affirme-t-il. Olivieri présente un caractère distinct qui convient à une clientèle différente. »

La valeur de la transaction, survenue lundi, n’a pas été dévoilée par les parties, qui doivent en faire l’annonce jeudi matin. Il semblerait que le populaire bistro intégré à la librairie doive rester.

« Nous sommes aujourd’hui heureux de procéder à une restructuration qui permettra à Olivieri de poursuivre son ambitieux projet et de préserver les emplois de plus de 30 personnes dévouées », a déclaré Rina Olivieri.

Il s’agit d’un nouveau bouleversement dans le réseau des libraires indépendants québécois, dont les ventes de livres n’ont cessé de chuter, au profit des grandes chaînes comme Renaud-Bray. Selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, entre 2009 et 2013, les ventes de livres neufs par les librairies à succursales sont passées de 218 à 232 millions de dollars.

En comparaison, celles des librairies indépendantes ont chuté, de 143 millions en 2009 à 113 millions en 2013, soit environ le quart du marché.

8 commentaires
  • Marie-Marthe Lebel - Inscrite 22 septembre 2016 09 h 50

    Triste journée

    Les travaux sans fin devant la librairie, le bruit, le chaos et la machine du plus gros et du profit ont eu raison de ce refuge de la pensée et du temps qui passe. Merci à tous ces employés à la tête pleine et généreuse, au sourire sincère et à l'appel de la liberté par les mots.

  • Daniel Gagnon - Abonné 22 septembre 2016 11 h 03

    La littérature en enfer...

    Il faut se faire tout petit et réinventer la librairie de proximité.

    Les grandes chaînes dévorent le marché, comme jamais, et l'étranglent peu à peu pour le tuer. Il ne restera plus rien de ce qu'a été Olivieri.

    C'est un sacré coup de pub de la part de Renaud-Bray de revenir dans ses locaux de départ sur Côte-des-Neiges. J'y bouquinais étudiant, c'était le bon temps, il y avait du choix, et surtout une passion, un engouement, un amour pour les livres. Tout cela est disparu chez Renaud-Bray, on s'est mis à vendre des chandelles et de la breloque à pleins rayons, avec de faux best-sellers à l'avant, la plupart du temps étrangers.

    On ne peut plus se gargariser de littérature, de valeurs universelles, de passions littéraires, et en même temps se comporter comme une chaîne de produits commerciaux sans âme.

    En achetant Olivieri en difficulté, Renaud-Bray ne fait que redorer une image déplorable, et cela dans un contexte où l'aide des Libéraux incultes au pouvoir facilite la descente aux enfers de nos fleurons les plus chers.

    • Geneviève Caron - Abonnée 22 septembre 2016 13 h 19

      Je vous jure monsieur Gagnon que nous pouvons à la fois aimer Proust et King, avoir envie du dernier disque de Gorillaz et craquer pour des bonbons ;-) Venez nous voir!

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2016 11 h 05

    Il n'y a plus de libraires indépendantes dans mon quartier!

  • Robert Lortie - Abonné 22 septembre 2016 12 h 26

    sombre présage...

    Il y a longtemps que je suis allé chez Archambault au centre ville. Mais je peux vous assurer que sur le site web, il y a beaucoups moins d'instruments de musique qu'avant la prise de contrôle par celui qui vendrait n'importe quoi, et qui n'aime pas particulièrement les livres. C'est lui même qui le dit.

  • Patrice Hildgen - Abonné 23 septembre 2016 02 h 18

    tristesse

    C'est une grande tristesse de voir ainsi une librairie si attachante glisser dans le portefeuille d'un magnat qui n'a pas d'intéret véritable pour la littérature. A moyen terme on peut prédire le glissement progressif vers une littérature plus commerciale.On se sent un peu orphelin aujourd'hui.