Quatre décennies de lutte en livres

Les archives font voyager dans les assemblées, les manifs, les rencontres de femmes, les représentations du Théâtre des Cuisines.
Photo: David Lacombe Les archives font voyager dans les assemblées, les manifs, les rencontres de femmes, les représentations du Théâtre des Cuisines.

Comment on fait un livre féministe ? Comment on met en valeur les multiples paroles des femmes et du féminisme québécois ? 40 ans deboutte (titre faisant référence au slogan « Québécoises deboutte ! » du Front de libération des femmes du Québec), l’exposition qui souligne les 40 ans des éditions du Remue-ménage, fait honneur aux auteures, aux éditrices, aux fondatrices de la boîte, mais aussi aux militantes de la cause des droits des femmes depuis quatre décennies. Retour en arrière.

Montrer la démarche derrière la fabrication de livres féministes tout en témoignant de l’histoire du mouvement féministe des quarante dernières années. Voilà ce que 40 ans deboutte, à l’affiche jusqu’au 2 octobre à l’Écomusée du fier monde, met en lumière à travers des archives fournies. Celles-ci nous font voyager dans les assemblées, les manifs, les rencontres de femmes, les représentations du Théâtre des Cuisines et font témoigner poètes, militantes, auteures, éditrices.

« On a l’impression que tout le monde a accès à cette documentation, comme on est constamment en contact avec les archives de la maison d’édition, commente Valérie Lefebvre-Faucher, éditrice au Remue-ménage. Mais les gens ne connaissent pas nécessairement l’existence de tout ça. L’expo permet donc la découverte de ce trésor caché, un accès à un pan de l’histoire du Québec. Si on ne le fait pas, quelque chose va se perdre, une certaine mémoire collective. »

« Il fallait mettre en valeur cette richesse incroyable, explique Catherine Dubé, chargée de projet de l’exposition et étudiante à la maîtrise en muséologie. Même si certains objets ne sont que des billets, de simples feuilles de notes, pour les féministes d’aujourd’hui, c’est une documentation précieuse. »

Ce qui ressort de la consultation de ces foisonnantes archives, c’est la pluralité du discours et l’aspect collectif du combat féministe, majeur dans l’identité de Remue-ménage. « Ce qu’on a vraiment voulu montrer, c’est la polyphonie, la prise de parole commune, explique Valérie. C’est très important dans l’histoire de la littérature des femmes, au Remue-ménage comme ailleurs. Notre catalogue compte beaucoup d’ouvrages collectifs. Je crois que ça nous démarque dans le paysage de l’édition au Québec. »

L’éditrice estime que cette valeur de multiplicité de la parole est d’ailleurs une façon de jouer avec les normes de l’édition. « On est à mi-chemin entre plusieurs genres littéraires, on déconstruit cette espèce de rapport d’autorité, entre éditeur, auteur, lecteur. »

Catherine Dubé affirme avoir aimé travailler avec cet aspect pluriel. « Je doutais de ma capacité à mettre en valeur les livres dans une expo, dit la jeune muséologue. Mais on a fait bien plus que ça finalement : on a mis l’accent sur la prise de parole des femmes. »

Voir la démarche

En effet, n’exposer que des livres aurait donné un parcours peu dynamique. Mme Dubé a ainsi voulu montrer tout le processus qui mène au produit fini que l’on retrouve en librairie, en bibliothèque. « J’aimais l’idée de mettre en valeur tout ce qui précède le livre : les maquettes, les croquis. Ça donne une valeur crue. On voulait parler de la démarche », explique-t-elle. Et les livres, eux, résultats en papier de ces heures de travail effectuées, sont à la portée des visiteurs, libres de les consulter, de les manipuler.

« C’est aussi une façon de rendre hommage à nos fondatrices », ajoute Valérie. Aujourd’hui, bien sûr, le procédé de fabrication s’est dématérialisé et virtualisé. Montrer l’envers du décor est donc d’autant plus intéressant.

40 ans deboutte se décline au fil de différents tableaux abordant les thèmes chers au coeur des éditrices du Remue-ménage : travail domestique, mariage, travail ouvrier, droit à l’avortement, droit des femmes immigrantes, homosexualité et homoparentalité… « Les objets exposés donnent la chance de parler des enjeux abordés par le mouvement féministe, commente Catherine Dubé. Le féminisme est trop souvent absent des musées, et surtout des musées d’Histoire, avec un grand H. »

40 ans deboutte. L’édition féministe selon Remue-ménage

À l’Écomusée du fier monde jusqu’au 2 octobre