Sur le rêve noir, Diane Régimbald

Sombre dérive que ce rêve noir… reflux des sourdes résonances que les morts laissent à l’âme scarifiée… Diane Régimbald ne s’oppose pas aux résurgences de cette « émeute de récits » dont elle entend la voix sépulcrale. Obscure poésie du temps actuel, parce que le monde est tel qu’il se peut bien que l’espoir vacille. Elle adresse à un « tu » omniprésent un plaidoyer ou une confession de ce qu’elle ne peut soustraire, s’interrompant parfois pour dire « je », créant un dialogue intérieur dans lequel s’affrontent l’émoi et la conscience, « car on ne sait pas la voix enfoncée dans le cri ». Cette poésie cérébrale, résolument « penseuse », respirant dans les sphères hautes d’un concept poétique parfois diffracté, efface ses repères, imposant l’indécidable comme valeur première. Ainsi, d’un mourant éventuel, elle affirme : « Tes pensées enfouies composent des énigmes tu repars en arrière zone de voies à découdre au tumulte de l’enfermement. » Cette volonté d’abstraction onirique maintient le propos de ce recueil dans un flottement qui ne résout pas l’identité de ce « tu » à la fois amoureux charnel, image agonisante, fils éloigné… les rapports entre humains étant là radicalement fuyants.

Sur le rêve noir

Diane Régimbald, Le Noroît, Montréal, 2016, 88 pages