Désorientale, Négar Djavadi

Si l’histoire de l’Iran devait tenir en un livre, mouvementé et agité par des révolutions, cela donnerait Désorientale, de la scénariste franco-belge-iranienne Négar Djavadi. Étourdissante, désordonnée, rocambolesque et sympathique, elle campe une dynastie de portraits vivants, heurtés entre eux et bousculés par les événements politiques du XXe siècle iranien. Elle semble avoir tout mis dans son livre. On commence à Paris, dans la salle d’attente d’un hôpital en vue d’une fertilisation ovarienne. La volonté d’être inscrite dans le lieu est forte, tandis que la conscience de soi demeure : « Je suis la petite-fille d’une femme née au harem. » La mémoire entre alors dans le vacarme des souvenirs. Et tout ce pays perdu ressuscite au gré d’assassinats et de sauve-qui-peut, suspendu en un « présent infini ». Ce passé cogne à la terre promise. Désarroi, audace, considérations conflictuelles et polémiques, révolte, homosexualité, reproduction assistée, bref une adaptation remarquable dessine le trajet d’un fil invisible qui relie les péripéties picaresques de cette grande initiation.

Désorientale

Négar Djavadi Liana Levi Paris, 2016, 349 pages