Sandra Ozzola, éditrice d’Elena Ferrante : la femme qui a vu l’ours

La table ronde portant sur l'oeuvre d'Elena Ferrante.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir La table ronde portant sur l'oeuvre d'Elena Ferrante.

Son nom est sur toutes les lèvres, au festival de littérature de Mantoue, en Italie. Pourtant, on ne sait pas si Elena Ferrante assiste à la table ronde qui y porte sur son oeuvre. L’écrivaine italienne à très grand succès publie sous un pseudonyme depuis 25 ans. Et, tel Réjean Ducharme, son identité demeure mystérieuse.

« Nous avons une amie commune, dit son éditrice Sandra Ozzola, qui a reçu le premier manuscrit d’Elena Ferrante il y a 25 ans. Elle m’a soumis son manuscrit en me disant tout de suite qu’elle ne voulait pas participer à la vie culturelle. Au début, elle voulait surtout protéger des proches qui pouvaient être identifiés à travers son oeuvre. Après, je crois qu’elle voulait se ménager un espace pour écrire. »

Sandra Ozzola a tout de suite vu dans l’oeuvre d’Elena Ferrante celle d’une grande écrivaine, même si ce qu’elle décrivait était dur et violent. « Je savais qu’elle aurait du succès en Italie, mais je ne pensais pas qu’elle aurait une telle renommée internationale. »

Décollage américain

Si les premiers livres d’Elena Ferrante ont rapidement connu la notoriété en Italie, où ils ont inspiré l’industrie du cinéma, le véritable engouement s’est déchaîné aux États-Unis avec la publication du quatrième tome de la tétralogie L’amie prodigieuse. Les deux derniers tomes de cette tétralogie n’ont pas encore été traduits en français, mais ils sont attendus en 2017 chez Gallimard.

« Hillary Clinton a même dit en riant qu’elle ne pouvait pas faire sa campagne puisqu’elle devait lire le dernier livre d’Elena Ferrante », raconte en rigolant Sandro Ferri, qui dirige avec sa femme, Sandra Ozzola, les éditions E/O, qui publient Ferrante.

Les quatre tomes de L’amie prodigieuse feront aussi l’objet d’une série télévisée de 32 épisodes.

« Elena Ferrante n’a pas l’intention d’écrire le scénario, poursuit Sandra Ozzola. Elle trouve qu’elle a déjà assez écrit comme ça. Mais elle a quand même l’intention de le lire avant qu’il soit tourné. »

L’histoire de ces deux amies qui vieillissent avec la révolution féministe après avoir vécu une enfance marquée par la violence des hommes n’est pas courante dans l’univers télévisuel italien, où l’on est davantage habitué aux téléséries tournant autour de la mafia.

Anonyme

Résistant aux apparitions publiques, Elena Ferrante a tout de même accepté de donner des entrevues écrites. « Une par pays, explique Sandra Ozzola. Mais du coup, elle s’est retrouvée avec 44 demandes, donc elle est un peu fatiguée. »

L’écrivaine prodige aurait aussi un autre livre en marche.

Quant à son identité, il n’est pas question pour l’instant de la dévoiler. Son éditrice en parle naturellement au féminin, même si certains ont voulu faire croire qu’Elena Ferrante n’était en fait nul autre que Domenico Starnone, aussi originaire de Naples, qui l’aurait écrit avec sa femme, Anita Raja. « On a même voulu faire croire que c’était nous deux ! disent Sandra Ozzola et Sandro Ferri. Mais nous n’aurions jamais le temps d’écrire une telle oeuvre ! »

Elena Ferrante a également publié un recueil de lettres et d’entrevues, Frantumaglia, qui devrait être traduit en anglais cet automne.

« Est-ce qu’elle est ici ? » demandai-je finalement à Sandra Ozzola. « Je ne peux pas répondre », dit-elle.

Notre journaliste est l’invitée du festival littéraire international Metropolis bleu.