Jonathan Coe, de la fiction humoristique au roman d’horreur

L’auteur anglais Jonathan Coe
Photo: Gunter Glücklich Random House of Canada L’auteur anglais Jonathan Coe

L’écrivain anglais Jonathan Coe a toujours été associé à un certain humour britannique. Pourtant, plusieurs ont trouvé moins drôle son dernier livre, Numéro onze, qui est attendu cet automne en français chez Gallimard.

Il y a une longue tradition de satire chez les Britanniques, expliquait-il, devant un auditoire conquis, au festival de littérature qui se déroule à Mantoue en Italie. Cette forme littéraire a connu son apogée au XVIIIe siècle, avec Jonathan Swift, ou Alexander Pope, et les belles années de la caricature sociale. Puis, le mouvement s’est apaisé pour refaire surface dans les années 1960, au théâtre, à la télévision, ou dans des revues comme Private Eye, qui existe encore aujourd’hui, en même temps que l’éclosion de la contre-culture.

« La fin des années 1950 était l’âge de la déférence envers les institutions », dit-il. Pourtant, la véritable satire sociale fut de courte durée, croit-il. « Les politiciens sont rapidement devenus extrêmement habiles dans l’art de se prêter aux moqueries. La satire a perdu son pouvoir de contestation de l’autorité. En fait, ça n’est plus de la satire, c’est de la comédie politique, qui ne provoque pas vraiment le changement. »

À ce titre, dit-il, peut-être en se moquant de lui-même, son livre Numéro onze relève davantage du roman d’horreur que de la fiction humoristique.

Blair au pilori

Ce dernier roman, donc, est une suite à What a carve up !, traduit en français sous le titre Testament à l’anglaise, qui critiquait le Royaume-Uni de Margaret Thatcher.

Cette fois, c’est Tony Blair qui se retrouve au pilori, entre autres après l’assassinat de David Kelly, un expert en armes biologiques, qui a été réellement assassiné après avoir collaboré avec un journaliste de la BBC qui enquêtait sur les falsifications d’un rapport fourni par le gouvernement de Tony Blair. C’était en 2003.

L’héroïne de Numéro onze, Rachel, plonge dans ses souvenirs, à travers cinq histoires qui ont des liens entre elles. À l’époque du décès de David Kelly, elle a dix ans.

« J’aborde de nouveau la nostalgie, ou plutôt celui de l’innocence perdue, et du désir de redevenir un enfant », dit-il. « En quelque sorte, on peut dire que c’est une fable sur les dangers de la nostalgie, non seulement la nostalgie personnelle mais la nostalgie politique ».

« Rachel est probablement mon seul personnage qui ait réussi à surmonter son besoin de vivre dans sa mémoire pour mieux habiter le présent, dit-il. En ce sens, je crois que Numéro onze est peut-être mon roman le plus porteur d’espoir ».

Reste que Jonathan Coe affirme qu’il était contre le Brexit. « C’est un sujet for compliqué », dit-il. Lorsqu’on lui demande s’il croit que c’est précisément par nostalgie que les Britanniques ont voté pour quitter l’Union européenne, il répond « en partie ». « Mais il y 17 millions de Britanniques qui ont voté pour sortir de l’Europe, pour 17 millions de raisons différentes. »

Quant à l’art romanesque, il dit croire qu’il agit comme un « antidote » à la fragmentation de la concentration et de l’attention induite par les nouvelles technologies.

« Il y a des romans de 700 ou de 900 pages qui sont de très gros succès », dit-il.

Notre journaliste est l'invitée du festival international Métropolis Bleu.