Virée en tensions connues

Hugues Corriveau Collaboration spéciale
Louise Dupré, après son remarquable «Plus loin que les flammes» acclamé et couvert de prix, nous revient avec «La main hantée», au Noroît.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Louise Dupré, après son remarquable «Plus loin que les flammes» acclamé et couvert de prix, nous revient avec «La main hantée», au Noroît.

Le corps s’offrira sans complexe cet automne, entre autres aux éditions de l’Écrou, où Marie-Andrée Godin ouvrira sa Vulve-gueule, suggérant ainsi, par son titre, un écho à la regrettée Josée Yvon à propos de laquelle nous attendons toujours la parution d’un essai collectif qui lui sera consacré. Sexuellement explicite, Marjolaine Beauchamp, toujours à l’Écrou, veut Fourrer le feu. Y a-t-il là provocation ou véritable entreprise de radicalisation dans le sujet ? Reste à voir.

Il faudra aussi compter sur les Écrits des Forges, où Caroline Rivest va nous vendre Le corps du Christ pour emporter. Nous ne savons rien encore de ce fast-food nouvelle manière, mais la chosification du corps n’est pas loin. Nous restera à vérifier auprès de Kerline Devise comment elle abordera ses Nudité et fragments, y rencontrant « l’amour-foudre ». Or cette proposition piquera notre curiosité en regard de la Foudre nuptiale que va analyser Jean-Marc Fréchette (aux Écrits des Forges).

Avec plus de retenue, mais un non moins grand instinct, Germaine Beaulieu, aux mêmes éditions, analysera la Matière crue. Notons que cette visite du corps ou des aspirations qui en dépendent est induite principalement par des poètes femmes, ce qui devrait offrir une vision singulière.


La main

Louise Dupré, après son remarquable Plus loin que les flammes acclamé et couvert de prix, nous revient avec La main hantée, au Noroît. Un recueil qui se démarque du précédent en ce qu’il s’ancre en tant que poésie engagée et réflexive interrogeant la responsabilité des humains face à la mort. À partir de l’euthanasie de son chat, la voix poétique dérive dans la recherche d’une réponse, sondant à la fois le meurtre et le suicide. Nous y reviendrons dans un article futur. Quant à Charles Dionne, c’est à La main invisible qu’il s’attarde au Quartanier, dont le profil ne nous est pas encore connu.

Partir

Le thème du voyage ou du déplacement s’impose encore dans notre poésie de façon intrinsèque, comme s’il était lié à un besoin de cerner son territoire, désir jamais assouvi.

Entre L’errance du coeur de Linda Brousseau aux Écrits des Forges, les Nomadismes de Michel Dallaire et Aziza Rahmouni chez Prise de parole, le désir de Partir ou mourir un peu plus loin de Flavia Garcia chez Mémoire d’encrier et la Ronde de nuit de Laurie Bédard au Quartanier, nous essaierons de trouver la singularité de ces itinéraires insolites.

Rêver mieux

L’Amérindienne Rita Joe, chez Mémoire d’encrier, nous rappellera que Nous sommes des rêveurs, de même que Diane Régimbald naviguera Sur le rêve noir (au Noroît), fouissant la force des liens qui pourraient retenir les êtres de mourir. Ce thème aussi ramasse un large pan de l’imaginaire poétique d’ici.

Retenons surtout que Martine Audet publiera un recueil au très beau titre de Ma tête est forte de celle qui danse, mêlant bellement sensualité et réflexion pour exister avec « des traînées d’aube autour du cou ». Ne serait-ce pas Ce monde étrange où naître dont va nous parler le poète Michel Julien, dont nous avions aimé le premier recueil, Une fin en soi (2014) ?

Nous viendra aussi le Talisman de Pierre Ouellet, lié à la symbolique autochtone (tous au Noroît). Et une première incursion en poésie, chez Perce-Neige, de la grande écrivaine France Daigle qui nous livrera ses Poèmes pour vieux couples.

Des regrets

En dernier lieu, soulignons avec désolation l’absence de publications en poésie à l’Hexagone, qui renonce ainsi à une longue tradition, de même qu’au Lézard amoureux. Malgré le fait qu’il a avalé la production poétique de chez Triptyque, il ne publiera qu’un seul titre en poésie, animalumière d’Antoine Dumas, renonçant là aussi à une longue pratique.


Renaissances et rupture de silence

Gatien Lapointe renaîtra aux Écrits des Forges avec ses Poèmes retrouvés, présentés par Jacques Paquin, réunissant à la fois des poèmes inédits et d’autres éparpillés dans des revues, mais jamais regroupés en livre. Gilles Daignault, directeur de la Fondation Guido Molinari, présentera au Noroît, de Guido Molinari lui-même, trois interventions poétiques sous le titre de Nul mot — d’abord paru à l’Obsidienne en 1979 (réédité en 1993), mais cette fois accompagné de Rosevi (1995) et de Ça (1998). Après treize ans de silence poétique ayant suivi la parution de Parle seul (prix Émile-Nelligan 2003), l’auteur Jean-Simon DesRochers (notre photo) revient aux Herbes rouges avec un recueil s’insinuant dans Les espaces.