Lise Payette: «J’ai besoin que mon peuple me parle»

Lise Payette a signé une chronique dans les pages du <em>Devoir</em> pendant neuf ans.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Lise Payette a signé une chronique dans les pages du Devoir pendant neuf ans.

Lise Payette n’a pas l’intention d’arrêter d’écrire. Dans un livre à paraître le 7 septembre, elle revient sur son départ abrupt du Devoir et confirme, en rassemblant quelques dizaines de ses chroniques, que ses mots sont là pour rester.

« Ça fait 60 ans que je suis en contact avec le public par la radio, la télévision, les téléromans, la politique. J’ai tout fait. J’ai utilisé tous les instruments disponibles pour être en contact avec le public, a-t-elle énuméré mercredi. Eh bien, je le dis très sincèrement : je ne suis pas capable de m’en passer. J’ai besoin de savoir, et d’ailleurs je le dis en riant le matin en me levant : j’ai besoin de parler à mon peuple ! Et j’ai besoin que mon peuple me parle ! »

À la Maison du développement durable de Montréal, où Le Devoir l’a rencontrée, Lise Payette a accueilli les parents et amis qui venaient jeter un coup d’oeil à son plus récent ouvrage, qu’elle a nommé Le sens du devoir. Ce sentiment d’obligation, elle l’avait surtout pour ses lecteurs, qui l’ont suivie dans les pages du quotidien montréalais pendant les neuf années où elle y a signé des chroniques. « Ce que j’ai trouvé triste, c’est la façon dont ça s’est fait. Je reconnais sans difficulté que le directeur du Devoir avait le droit de me mettre à la porte, a-t-elle commencé. J’aurais préféré, gentiment, qu’il m’appelle, me dise : je viens prendre un café chez vous. Qu’il m’explique c’était quoi le problème. »

 

Deux versions des faits

Selon la version qu’elle relate dans son ouvrage, le directeur du Devoir, Brian Myles, l’a informée à la dernière minute que sa chronique au sujet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne serait pas publiée. S’en est suivie une conversation au cours de laquelle il lui aurait dit qu’il « n’aimait pas sa façon d’écrire ». « J’ai dit : si vous cherchez une raison pour mettre une chroniqueuse à la porte, vous n’avez qu’à le dire. Il a dit : voilà, c’est fait. C’est tout. Pas un mot, rien », a-t-elle raconté.

La direction du quotidien a offert une tout autre lecture des faits. « Contrairement à ce qu’affirme Mme Payette, le directeur du Devoir, Brian Myles, ne lui a jamais mentionné qu’il n’aimait pas sa façon d’écrire. M. Myles et Mme Julien [Luce Julien, rédactrice en chef] ont cependant souligné l’importance, pour un chroniqueur, d’étayer ses propos avec rigueur et précision factuelle », a-t-elle écrit dans un communiqué.

Selon la direction du Devoir, la conversation téléphonique « a fait ressortir […] des visions irréconciliables sur les critères de rigueur associés à la publication de chroniques » et c’est pour cette raison que le quotidien a décidé de mettre fin à la chronique de Lise Payette.

« Le Devoir lui a offert la possibilité d’écrire une chronique d’adieux à ses lecteurs, a aussi insisté la direction. Elle a catégoriquement décliné cette invitation. »

En entrevue, Lise Payette a maintenu sa version des faits. Et quand on lui a demandé ce qu’elle aurait écrit dans cette chronique d’au revoir, elle n’a pas hésité avant de répondre. « J’aurais dit merci de m’avoir accueillie pendant neuf ans. Bonne chance, et je suis sûre qu’éventuellement, ils vont me remplacer ; il y aura quelqu’un d’autre. Ne vous découragez pas », a-t-elle déclaré.

44 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 31 août 2016 21 h 32

    Je n'accorde plus ma confiance à M. Myles

    Entre deux versions, je considère que celle de Mme Payette est certainement la plus juste, d'une part, elle n'a pas de carrière à protéger et d'autre part la manière dont ça s'est fait demeure inexcusable. Vous êtes chanceux qu'entre le Journal de Montréal et la Presse plus, il ne reste plus que vous...

    • Gilles Roy - Inscrit 1 septembre 2016 13 h 17

      Deux versions? Celle de Mme Julien ne vaudrait pas? L'importance d'«étayer ses propos avec rigueur et précision factuelle» devrait ici aussi s'appliquer, non?

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 août 2016 21 h 57

    L'exigence de rigueur


    Demander à la chroniqueure Lise Payette de s'astreindre aux mêmes exigences de rigueur qu'il est normal d'en imposer aux journalistes ou dire qu'on n'aime pas sa façon d'écrire, sur le fond, où est la différence ? La nouvelle direction n'aimait ni la manière, ni le point de vue. C'est correct, même si cela manifeste une étroitesse de vue assez déconcertante pour un journal comme celui-ci. Qu'on le lui ait fait savoir de façon aussi brutale, vraiment pas. Et qu'on ne vienne pas nous raconter que la direction a défendu la liberté d'expression de madame Payette dans l'affaire monsieur prix du cinéma. La direction s'est empressée avec un pharisaïsme consommé de se ranger aux arguments populistes les plus grossiers plutôt que de défendre l'honneur d'une des nôtres.

  • Gilles Gagné - Abonné 31 août 2016 23 h 02

    Comment se fait-il que Mme Payette n'ai pu faire que quelques semaines avec le nouveau directeur? alors que des années de collaboration ont eu lieu avec l'ancien... Franchement M. Myles allez-y d'autres choses qu'un d'un simple communiqué laconique, nous méritons mieux.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 1 septembre 2016 08 h 05

      Et surtout, quels étaient ces critères de rigueur et de précision factuelle? Certains chroniqueurs auraient aussi gagné à recevoir ces instructions de M. Myles.

    • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 1 septembre 2016 09 h 17

      Il n'y a pas que Mme Payette "qui n'ait pu faire que quelques semaines avec le nouveau directeur", il y a aussi Madame Josée Boileau ex-rédactrice en chef du Devoir.

      Madame Payette a raison lorsqu'elle affirme que le Devoir n'appartient pas au directeur et que le directeur n'en est pas le propriétaire. De son côté Monsieur Bernard Descôteaux, ex-directeur du Devoir, avait aussi raison d'écrire qu'être à la direction du Devoir était un privilège.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 1 septembre 2016 00 h 19

    Précision factuelle

    Henri Bourassa a-t-il engagé Jules Fournier et Olivar Asselin pour leur "précision factuelle"?

    Madame Payette le reconnaît, Brian Myles avait toute l’autorité requise pour la libérer. Surtout qu’il venait d’être attitré à la direction et devait définir sa vision éditoriale.

    Le discours ambiant me tue.

    On dit lutter contre le radicalisme. Mais on ne tolère aucun écart par rapport à la pensée unique.

    Toute la carrière de madame Payette a été consacrée à ébranler les murs des institutions, de leurs vérités sacralisées, des chanoines et autres moralistes à la saveur du jour.

    Comme, à ce qu’il me semble, celle du Devoir.

    Je ne me meurs pas. Mon monde rapetisse.

    Les grandes voix demeurent. Heureusement.

  • Michel Lebel - Abonné 1 septembre 2016 06 h 43

    Avec plus d'élégance!


    Je n'ai jamais été un grand fan de la chroniqueure Lise Payette, mais je dois dire que j'ai l'impression que son départ ne s'est pas fait avec la plus grande élégance. Cela aurait pu être mieux fait. Lise Payette avait tout de même oeuvré neuf ans au Devoir.

    M.L.