Histoire - Le féminisme à l'épreuve du nationalisme

C'est une histoire à la fois stimulante et triste que raconte Andrée Yanacopoulo dans Le Regroupement des femmes québécoises (1976-1981). Né de la volonté de quelques militantes d'ici de donner la priorité absolue à la lutte contre l'oppression des femmes, ce groupe de pression, après quelques années d'actions énergiques, a frappé le mur des déchirements internes.

Chronique de ce mouvement féministe révolutionnaire, «c'est-à-dire un féminisme qui remet en question l'ensemble des structures sociales», le court essai de Yanacopoulo fait ressortir les deux principales hypothèques qui pèsent sur tout mouvement politique radical au Québec: les bisbilles internes suscitées par le dogmatisme de certains militants et le malaise engendré par une question nationale irrésolue. Le RFQ a achoppé sur ces deux questions, particulièrement sur la seconde. Sa prise de position, au moment du référendum de 1980, en faveur du «ni oui ni non, mais femme», a marqué la mort du collectif par épuisement.

Andrée Yanacopoulo, qui se dit toujours indépendantiste, persiste à croire que cette position était la bonne puisqu'il ne fallait pas permettre la récupération du féminisme par un nationalisme patriarcal. On ne sache pourtant pas que le fédéralisme épuisé ait été, depuis, un terreau particulièrement propice à l'avancement de la cause des femmes québécoises.

«À revivre ces années de luttes si pleines, si intenses, conclut l'essayiste, je me réjouis de penser qu'il fut un temps où les idées nous menaient, où l'espoir nous animait, où la joie d'être et d'agir ensemble nous faisait nous sentir grandes et fortes.» On veut bien, mais on souhaiterait que cette saine nostalgie s'accompagne d'une tout aussi saine lucidité qui permettrait de reconnaître les erreurs d'hier pour ne pas les reproduire.