Une oeuvre pédagogique sur une science mal-aimée

Jean Tirole, président fondateur de l’École d’économie de Toulouse, livre une œuvre pédagogique sur une science économique mal-aimée.
Photo: Fred Scheiber Associated Press Jean Tirole, président fondateur de l’École d’économie de Toulouse, livre une œuvre pédagogique sur une science économique mal-aimée.

En recevant en 2014 le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel — qui, malgré ses habits, n’est pas un prix Nobel —, l’économiste Jean Tirole a dû sortir de son rôle de chercheur discret pour faire face à une aura médiatique nouvellement née.

En publiant Économie du bien commun, le président fondateur de l’École d’économie de Toulouse livre une oeuvre pédagogique sur une science économique mal-aimée, et ses prises de position libérales sur les grands enjeux actuels n’aideront pas à mieux apprécier la discipline.

Dans ce livre construit en deux parties — l’une, assez longue, sur le rôle de l’économiste, l’autre, plus intéressante, sur ses idées — et où les chapitres peuvent se lire indépendamment, il rappelle que les « humbles » économistes ne sont pas des devins. Comme les médecins, ils « diagnostique[nt], propose[nt] si nécessaire le meilleur traitement adapté étant donné l’état (forcément imparfait) de [leurs] connaissances ». Mais aucun d’eux ne pourra prédire le jour exact d’une crise — cardiaque pour l’un, économique pour l’autre.

Tout comme la médecine, les sciences économiques seraient neutres. En considérant cela, l’économiste essaye de nous faire croire que ses solutions sont des vérités absolues, fondées sur des résultats « empiriques » et approuvées par une communauté scientifique composée, après tout, par de bons économistes — ceux qui acceptent « le cadre unificateur de l’économie moderne » —, rejetant les autres — préoccupés par les « pensées économiques obsolètes et des débats entre économistes anciens ». Ainsi, « je n’ai jamais entendu les partisans de la relance fiscale [dont Tirole n’est pas partisan], comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, dire qu’il fallait un marché de l’emploi dual ou qu’il fallait instaurer un temps de travail réduit ».

Malgré les thèmes qui abordent avant tout les problématiques françaises, le docteur honoris causa de l’Université de Montréal amène des réflexions qui peuvent alimenter le débat au Québec.

Le rôle de l’État ? « Notre choix de société n’est pas un choix entre État et marché […]. L’État et le marché sont complémentaires et non exclusifs. Le marché a besoin de régulation et l’État, de concurrence et d’incitations. »

Plus loin, celui qui souhaite voir l’État « dépenser moins, mais mieux » dira que « la conception de l’État a changé. Autrefois pourvoyeur d’emplois à travers la fonction publique et producteur de biens et services à travers les entreprises publiques, l’État dans sa forme moderne fixe les règles du jeu et intervient pour pallier les défaillances du marché et non s’y substituer ».

L’écologie ? Critique sévère de la COP 21, où, « en ce qui concerne les mesures concrètes, peu de progrès ont été faits », il estime que seule une taxe universelle sur les émissions de CO2 pourra conduire au salut de la planète. À vouloir responsabiliser, sur le principe de l’utilisateur-payeur, les acteurs économiques individuellement, Jean Tirole en oublie que ces mécanismes ne donnent aucun liant à des sociétés en manque de projets communs. Comme la lutte contre le réchauffement climatique.

Économie du bien commun

Jean Tirole, PUF, Paris, 2016, 640 pages

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 20 août 2016 23 h 53

    Quel dinosaure...

    Dès la réception de son faux prix Nobel (bravo à l'auteur de cet article de l'avoir bien nommé comme un «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel »), ce monsieur se servit de son auréole pour faire changer d'idée la ministre française de l'Éducation qui voulait apporter plus de diversité à l'enseignement de l'économie en France. Ne serait-ce que pour cela, il est hors de question que je touche de près ou de loin à ce livre ou à tout autre écrit de ce dinosaure.