Roman, Linda Lê

Linda Lê persiste et signe un récit de passion, Roman, où L., souffrant d’un anévrisme au cerveau qui la laisse aux prises avec une histoire douloureuse, se réveille à l’hôpital. Sur un mode de confidence, d’autofiction et de journal intime, elle raconte alors sa passion pour Roman, un homme mûr qui l’initie durant un an et demi à une littérature exaltée, en la poussant vers ses propres fantômes. La mort rôde dans cette rencontre catastrophique et désirée, où l’esprit instable et fragile de L. fréquente des absolus. Roman est lui-même sujet à des crises psychiatriques, mais il s’insinue en « clandestin » dans sa vie, dit-elle, en « extraterrestre ». Voyageur en Orient, il se fond au souvenir de son frère mort, un « jumeau perdu »en qui elle se dédouble à la manière de Nerval. Quoique trahie par Roman, L. lui donne un statut littéraire où se joue toute l’emprise symbolique qu’il exerce aussi dans sa vie réelle. On est dans un vertige autofictif puissant, un archétype que l’écrivaine décrit comme « l’accident cérébral et l’envoûtement par un individu d’une haute toxicité ».

Roman

Linda Lê, Bourgois, Paris, 2016, 175 pages