Une lutte sans trêve, Angela Davis

Relire Angela Davis, « témoin et actrice de luttes de libération pendant plus d’un demi-siècle » aux États-Unis comme ailleurs, membre des Black Panthers, professeure de philosophie et militante communiste, c’est à la fois replonger dans l’histoire de l’activisme et refaire surface avec un soupçon de cynisme en constatant que peu de choses ont changé. Dans Une lutte sans trêve, La fabrique nous convie avec brio — le rythme dans la traduction est excellent — à renouer avec la verve discursive d’une femme qui fut et qui est toujours de tous les combats, notamment contre l’apartheid en Israël-Palestine et le système industrialo-carcéral, ou pour Black Live Matters, les places Tahrir et Taksim. Explicitant avec tact l’intersectionnalité reliant les luttes contre les dominations de genre, de classe et de « race », Davis propose dans un langage simple une perspective émancipatrice et critique du capitalisme qui unit un peu béatement les divergences. Si elle détourne parfois nos têtes des escarmouches universitaires et militantes, c’est pour mieux nous orienter vers son combat contre la société carcérale et la criminalisation de la misère. Il faut cependant, pour y arriver, niveler un peu le débat et mettre à jour une démarche classique écartelée entre la lutte et la réforme. Cela se manifeste notamment lorsqu’elle revient sur les années Obama. Comment accepter avec joie l’élection d’un président noir à la tête des États-Unis, pays où la population incarcérée atteint le chiffre de près de 2,5 millions de personnes ? Son combat pour nous faire comprendre quoi abolir est limpide (abordant souvent Michel Foucault), mais la militante ne semble pas ou plus savoir comment s’y prendre. Heureusement, Angela Davis s’appuie tout au long de l’essai sur un bon nombre de personnes inspirantes, actives, autonomes, radicales et auto-organisées qui permettent de ne pas perdre espoir dans un monde où il y aura « toujours un moment où la conjoncture est telle qu’elle ouvre de nouveaux possibles ».

Une lutte sans trêve

Angela Davis La fabrique Paris, 2015, 187 pages