Clinique, Roseline Lambert

Roseline Lambert s’attaque au thème asilaire dans son premier recueil, Clinique, aux Poètes de brousse. Approche rigoureuse du thème de l’enfermement qui contraint les femmes, vision forte de cette forclusion dont elles doivent s’affranchir, inquiétude implicite et révolte conséquente. Soumise à cette maladie de l’âme abordée par Roseline Lambert, la femme, que taraude l’inquiétude, se débat entre « Contention » et « Injection ». Les textes se proposent souvent comme des dénonciations de l’état même de la « patiente » : « ici asile / ils rôdent en sarrau / dans les corridors ils rondent les vautours / m’enfonçant leurs seringues à tuer mes mondes ». D’une grande précision, cette poésie descriptive porte le cri de mal-être avec une vive émotion. Les vers libres sont souvent admirablement maîtrisés et le propos est d’une pénétrante clarté. L’auteure propose des images animalières pour accentuer le désarroi : « panthère // elle sort immense noirceur / brisée / elle saute immense de ma bouche // panthère. » Elle se met donc à l’écoute des « bruits malades de désir ». Cheval, poisson à écailles ou vautours, la ménagerie des songes, crapahutant dans l’esprit fragile, envahit les poèmes, force le noir, l’envers inquiétant du monde. Or ce monde tactile est fait de fourrure et de peau, et la poète se dit, elle, « mille fois vivante ».

Clinique

Roseline Lambert Poètes de brousse Montréal, 2016, 72 pages