Un paysage à réfléchir

L’événement se déroulera sur le thème du paysage cette année, mais il ouvre aussi un volet destiné aux adolescents.
Photo: Correspondances d’Eastman L’événement se déroulera sur le thème du paysage cette année, mais il ouvre aussi un volet destiné aux adolescents.

Dans le décor champêtre d’Eastman, bourgade en Estrie de 2000 habitants, le mois d’août est celui du livre. Depuis 2003. Pendant trois ou quatre jours, les auteurs et lecteurs réunis par les Correspondances d’Eastman prennent alors possession du bucolique village. Pour 2016, le festival littéraire fait amende honorable avec le thème « Habiter le paysage ».

« Le paysage nous habite autant que nous l’habitons, mais comment y demeurer sans le détruire, sans en faire non plus un musée vert ? Toute la question de notre monde contemporain est là, en suspens, qui nous attend comme notre destin même », exprime le directeur de la programmation, Étienne Beaulieu.

Pour Thomas Hellman, porte-parole de cette 14e édition, « ce festival consacré à la parole qui aide à distinguer le sens du bruit » est l’endroit indiqué pour parler du paysage. « Le rapport au paysage est aussi celui aux mots. Le langage est notre moyen d’entrer en communication avec le réel », estime-t-il.

L’auteur-compositeur-interprète a beaucoup réfléchi à la question du paysage, notamment comme vecteur identitaire de l’Amérique. Il se plaît à constater que la cinquantaine d’écrivains invités cette année abordera le territoire sous toutes ses formes, y compris celle du temps (avec Anaïs Barbeau-Lavallette) et celle de l’arrière-pays et du Nord (avec Jean Désy).

« Le paysage à réfléchir maintenant, c’est le Nord. Que faire de ces frontières pas encore conquises, quel sera notre rapport à l’environnement ? » demande Thomas Hellman.

Le nouveau volet est né du désir des Correspondances d’attirer les ados sur le site. [...] Nous souhaitons que les parents fréquentent les lieux accompagnés de leurs ados pour ainsi ouvrir un dialogue.

 

L’adolescence, le jeu, l’horreur

La nouveauté, cet été, aux Correspondances d’Eastman, c’est le volet jeunesse. La table ronde « Raconter entre deux âges » réunit trois voix dont le seul point commun, finalement, est d’avoir rejoint les adolescents. Ou les adolescentes, comme dans le cas de Catherine Desmarais, auteure de la série des Cendrine Senterre.

La littérature jeunesse québécoise peut être abondante, et ses abonnés nombreux, ceux-ci ne courent pas les cafés littéraires ni les jardins d’écriture de ce festival. Faute d’avoir été bien servis jusqu’ici, il faut le dire.

« Le nouveau volet est né du désir des Correspondances d’attirer les ados sur le site. Le prix de 10 $ par animation [contrairement aux 23 $ pour les autres cafés littéraires] incitera, nous l’espérons, un public plus jeune à venir nous rencontrer. Nous souhaitons que les parents fréquentent les lieux accompagnés de leurs ados pour ainsi ouvrir un dialogue », commente Étienne Beaulieu.

Le dialogue s’amorcera donc cet été autour de trois voix fort diverses : outre celle de Catherine Desmarais, il y aura celle très particulière de Jean-Vincent Roy, l’historien derrière les couleurs victoriennes du jeu vidéo Assassin’s Creed, et celle très suivie de Patrick Senécal, auteur à succès de polars morbides.

Le thème des Correspondances, les trois auteurs le perçoivent de différentes façons. Pour Catherine Desmarais, le paysage, celui qui la concerne, le scolaire, est quelque chose qui habite les gens — et non le contraire.

« Le paysage scolaire, c’est ce qui prend beaucoup de place à l’adolescence. On délaisse sa famille pour lui, dit celle qui avoue être toujours habitée par cette période de sa vie. J’ai beau avoir 36 ans, je sursaute encore quand on m’appelle maman. Ce que je raconte est très collé à ce que j’ai vécu. »

Son alter ego fictif, Cendrine Senterre, est cependant plus insolent, question de « corriger » certaines injustices. « Avec cette couche de cynisme, c’est sûr que je pose un regard d’adulte », reconnaît-elle.

Patrick Senécal ne se considère pas comme un paysagiste et n’aime pas trop décrire les lieux où il campe ses personnages. L’écrivain et scénariste affirme néanmoins voir le paysage comme un important élément narratif.

« J’aime écrire des scènes de meurtre en milieu rural. Des fois, ce sont de vraies villes, des fois non, comme dans Faims (2015) qui se déroule dans un village inventé près de la rivière Yamaska. J’oppose la beauté des paysages avec les horreurs. Le contraste est intéressant », dit l’adepte d’effets dramatiques forts.

« La Gaspésie, poursuit-il, est ce que je trouve le plus beau. Ça me coupe le souffle. J’ai fait exprès qu’une de mes scènes les plus horribles se passe là [Le vide, 2007]. »

Paysage narratif ? Jean-Vincent Roy s’y connaît. Or, lui, il ne peut se permettre d’être évasif. Il lui faut être précis, minutieux et… prévisible. L’auteur de jeux vidéo, qui vient de quitter d’Ubisoft où il travaillait depuis des années, doit en mettre plus qu’il ne le faut.

« Dans un jeu comme Assassin’s Creed, le lieu et l’espace ont une importance capitale de l’expérience. Le paysage dépend de la manière dont le joueur se déplace. Le récit est généré par lui », explique celui qui s’est préoccupé, pour cette histoire dans l’Angleterre du XIXe siècle, de l’éclairage au gaz, de différents attelages, des premiers navires à la vapeur, des différences de classes sociales…

« Il faut prévoir le plus possible d’éléments. Mais ce n’est pas une simulation. L’idée est de se rapprocher d’un monde historique, authentique, sans enlever le plaisir de jouer. »

Les Correspondances d’Eastman, du 4 au 7 août.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 1 août 2016 12 h 25

    des matériaux a l'image de l'univers

    l'écriture n'est elle pas une facon créer de nouvelles relations neuronales certains diront de nouveaux circuits , la langue n'est elle pas immédiatement connectée avec notre affectif , les parents n'ont ils pas l'habitude devoire derriere le huuummm, ou le paaaaaaaaa d'un jeune enfant, l'émergence d'une nouvelle synthèse neuronale que meme la plupart des animaux n'atteignent pas, les papas et les mamans ne sont-ils pas très fier de dire, mon enfant a commencer a parler, n'est ce pas ce huummmm premier qui fini par etre un texte bien écri, les langues ne sont-elles pas des martériaux, a l'image de l'univers