Dans les ruelles de Kaboul

L’intrigue s’amorce dans un quartier pauvre de Kaboul.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’intrigue s’amorce dans un quartier pauvre de Kaboul.

L’Afghanistan semble avoir la cote chez les éditeurs français ; en moins d’un an, c’est déjà le quatrième roman à se passer là-bas qui aboutit sur mon bureau. Il faut dire que, autant par ses paysages à couper le souffle que par les conflits qui déchirent les multiples ethnies du pays, l’Afghanistan est un décor de rêve pour un écrivain. Surtout quand il connaît bien le pays, comme c’est le cas de Cédric Bannel dont on nous dit qu’il arpente le moindre repli de la région depuis des lunes.

Les personnages attachants tout comme les intrigues complexes et les descriptions somptueuses qu’il nous propose ici viendront chatouiller votre goût d’aventure et d’exotisme en ces temps plus chauds.

Corruptions en tous genres

Rien n’est simple dans le Kaboul d’aujourd’hui. Les traces de la Coalition se voient partout alors que les bidonvilles se multiplient en soulignant les inégalités. Il y a surtout que la moindre portion de réalité se définit de façon complexe, selon des alliances plus ou moins stables. C’est ce que le lecteur apprend rapidement grâce à Oussama Kandar, chef de la Brigade criminelle de la capitale afghane.

Ici, les ministres — et même le chef de la Brigade des stupéfiants ! — sont souvent corrompus et tissent des liens complexes avec les grands trafiquants de drogue. Il arrive aussi que les alliés les plus précieux soient des talibans modérés. Pour faire régner la justice, Kandar et son équipe doivent se méfier constamment et travailler en secret tout en empruntant des chemins aussi abrupts et tortueux que des sentiers de montagne bordés de précipices…

L’intrigue s’amorce, après la mise en place du nouveau gouvernement, avec la découverte du cadavre mutilé d’une fillette de 10 ans dans un quartier pauvre de Kaboul. L’enquête montrera rapidement qu’elle porte les mêmes marques que deux autres corps retrouvés précédemment. Kandar découvrira aussi que le coup fatal a été porté à l’aide d’un long couteau recourbé de fabrication finlandaise : le tueur en série ne peut être qu’un Occidental qui, selon un rare témoin, parle anglais. Mais c’est loin d’être tout puisqu’une deuxième intrigue surgit, inopinément presque, en Europe.

Elle nous lance sur les traces d’un brillant chimiste français qui vient de synthétiser une nouvelle drogue avec laquelle la mafia russe compte prendre le marché mondial. Cet homme, Franck X, est poursuivi par l’ex-patronne de la Brigade nationale de recherche des fugitifs, Nicole Laguna, qui a pour mission de le retrouver où qu’il se trouve sur la planète. Pour s’assurer de son efficacité, la Cupola, la mafia de toutes les mafias, tient la famille de l’ancienne directrice en otage. « Assistée » par le grand liquidateur de la Cupola qui ne veut pas perdre son emprise sur ce très lucratif marché, elle remontera la trace de Franck X jusqu’en Arriège, où elle découvre que sa cible est aussi un dangereux pervers sexuel. C’est le lien qui manquait pour amener Nicole Laguna à travailler avec Oussama Kandar en Afghanistan.

C’est évidemment un peu tiré par les cheveux, mais la rencontre de deux policiers aussi hors normes est fort intéressante malgré leur petit côté superhéros. On s’étonnera par contre de voir les coutumes afghanes décrites aussi fidèlement dans leur trop fréquente brutalité ; au point même d’émettre une mise en garde spéciale devant l’injustice et l’inégalité du rapport hommes-femmes décrit tout au long du livre, ou presque. N’empêche, tout cela est magnifiquement écrit et l’intrigue, aussi serrée qu’un ristretto.

BAAD

Cédric Bannel, Robert Laffont, coll. « La Bête noire », Paris, 2016, 463 pages