Ce qu’il faut de terre à l’homme, Martin Veyron

Voilà toute une critique de l’avidité, de l’accumulation aveugle de la richesse, de la cupidité et de la consommation irresponsable que ramène au bon souvenir du présent le bédéiste Martin Veyron en revisitant avec ses dessins le célèbre conte philosophique et cruel de l’écrivain russe Léon Tolstoï. Rappelez-vous, la chose vient du XIXe siècle : sur les terres de la noble Barynia, Andreï essaye toujours d’en avoir plus. La vieille va un jour céder ses propriétés à la commune, sans que cela change rien pour l’avide qui va se résoudre à tout vendre pour aller chercher des terres nouvelles chez les Baschkirs. Là-bas, il suffit d’arpenter à pied un terrain du lever au coucher du soleil pour en faire l’acquisition, ou atteindre une finale morale ? Le récit est connu. Il trouve sous la plume du père de Bernard Lermite (1979), de Papy Plouf (2006) et de Blessure d’amour-propre (2009) cette texture parfaite qui plonge rapidement le lecteur dans l’esprit de ce temps lointain dont les travers sont toujours contemporains. Ce qu’il faut de terre à l’homme devient donc ce qu’il faut à l’homme pour magnifier la vie dans un rappel efficace d’un fragment de son patrimoine littéraire.

Ce qu’il faut de terre à l’homme

Martin Veyron (d’après Tolstoï), Dargaud, Bruxelles, 2016, 144 pages