Harry Bosch se multiplie…

Michael Connelly, à gauche, en compagnie de l’acteur Titus Welliver, qui personnifie son personnage de Bosch dans une nouvelle série télévisée diffusée sur Amazon en 2015.
Photo: Frazer Harrison Agence France-Presse Michael Connelly, à gauche, en compagnie de l’acteur Titus Welliver, qui personnifie son personnage de Bosch dans une nouvelle série télévisée diffusée sur Amazon en 2015.

On ne présente pas Michael Connelly. Ni Harry Bosch, d’ailleurs.

Ces deux-là, l’auteur et son principal personnage, occupent l’espace depuis si longtemps, avec des oeuvres et des histoires si marquantes — on pense aux romans La glace noire, La blonde en béton, Les égouts de Los Angeles, le gigantesque Le poète, Créance de sang et plusieurs autres —, qu’ils ont participé à la redéfinition même du genre « policier ».

Point final ? Pas tout à fait. Remarquons d’abord que tous ces titres qui ont permis à Michael Connelly de donner un nouvel élan à un genre qui s’essoufflait remontent déjà à plusieurs années… et que l’auteur prolifique qu’il est continue de publier au moins un livre en traduction française tous les douze mois. Dans un même élan, soulignons aussi qu’aucun ne s’est vraiment démarqué depuis longtemps. Fort longtemps même.

Pour arriver à se multiplier — diluer ? — autant, Connelly a placé son héros Harry Bosch, maintenant en fin de carrière, aux « cold cases », avec la réserve inépuisable d’affaires à fouiller que cela implique. Fort bonne idée ; partout, les archives de cas non résolus sont aussi multiples que diversifiées. Encore plus même à Los Angeles, où les mots « police », « abus de pouvoir » et « corruption » ont souvent été synonymes, on en aura d’ailleurs un autre bel exemple ici.

Notons encore qu’au fil des années, Connelly a surtout inventé à Bosch une sorte de demi-frère, un avocat, l’insupportable Mickey Haller (Lincoln Lawyer), qui n’arrête pas de déteindre sur tout ce qu’il écrit depuis au moins cinq ou six ans. Ouppsss ! C’est dit, assumons : oui, Michael Connelly s’est mis à radoter comme Mickey Haller et à expliquer la moindre chose comme s’il s’adressait à des lecteurs d’âge mental très moyen n’ayant jamais lu autre chose avant.

Heureusement, ici, Mickey Haller ne surgira pas à l’improviste ; Harry Bosch prendra toute la place, mais en s’appropriant presque les tics de son espèce de demi-frère plus ou moins avéré. Avec une toute nouvelle partenaire qu’il aura tendance à traiter comme une adolescente — presque de la même façon que sa fille, en fait —, Harry s’attaquera à pas moins de trois affaires en même temps. Celle, centrale, d’un mariachi ayant vécu une bonne dizaine d’années avec une balle dans la colonne vertébrale : c’est là que se cache l’histoire de corruption. Et deux autres enquêtes non résolues aussi, périphériques : un incendie criminel auquel, ô hasard ! a survécu la nouvelle partenaire quand elle était toute jeune et un braquage survenu en même temps.

En tournant comme d’habitude les coins serrés, mais justifiant cette fois le moindre de ses gestes comme le ferait Mickey Haller, en tirant souvent la couverture comme il ne faut pas le faire, Harry et Lucy parviendront à résoudre le casse-tête des trois affaires qui se recoupent en des angles impossibles. Une fois de plus, Bosch parviendra à montrer qu’au fond les autorités en place ont toujours beaucoup de difficulté à accepter la vérité et à en tirer les conclusions qui s’imposent.

Bien mené, oui, mais un peu sciant…

Mariachi Plaza

Michael Connelly, traduit de l’anglais par Robert Pépin, Calman-Lévy, Paris, 2016, 423 pages