Nicolas Lauzon en trappeur

Le poète use de la métaphore du chasseur-trappeur.
Photo: iStock Le poète use de la métaphore du chasseur-trappeur.

Depuis Géographie de l’ordinaire (éditions du Passage, 2011), Nicolas Lauzon regarde intensément ce qui l’entoure, voyage, diversement, entre les pays ou les paysages. Le poète clôt ici sa trilogie de l’itinérance envoûtée, persuadé que, tout près, sous son oeil attentif, la vie et l’imprévu le convient à mieux comprendre les effets du réel.

À l’en-tête de l’ancienne devise de la Compagnie de la Baie d’Hudson, ce recueil, qui superpose des corps donnés en pâture, fait la part belle aux reflets d’aube et de nuit. Comme il le précise : « Là où la mort / nous garde bien vivants / je vais gourdin à la main / traquer ce qu’il me reste / de dignité. »

On pourrait sans doute lui reprocher de filer la métaphore du chasseur-trappeur un peu trop, mettant en péril l’originalité de l’entreprise, mais la distance que prend la parole pour pénétrer le sens des actes et des achèvements rehausse un propos trop itératif. C’est sans grande subtilité qu’il affirme : « Je trappe pour ne pas oublier / la valeur de ma peau. »

Ainsi, on hésitera à accompagner le poète dans cette manie qu’il a de faire coïncider un peu trop l’acte de chasser et celui d’écrire en appuyant parfois sans finesse sur leur rapport. « La lame est un poème / qui tranche le gras du cuir », écrit-il à gros traits. A contrario, il relève souvent ce défi quand, par exemple, du corps mort d’une proie, il dira : « sa dépouille me nourrira / au-delà de la tristesse humaine ». C’est de cette manière que la poésie de Nicolas Lauzon dévie d’une apparente simplicité à la fervente compréhension des pulsions qui la mènent.

Comme les loups, le poète « possède la patience des écorchés ». S’il y a de la beauté dans ce travail, elle n’est pas ailleurs que dans cet acte de foi qui propulse la quête du poète, méfiant et envoûté, sur le chemin des failles humaines : « Je me mesure à la vie / Pro pelle cutem / ne suis qu’un homme / dans la nuit. » C’est déjà beaucoup, c’est déjà donner à sa propre parole une mission qui veut transcender l’immédiate et relative insignifiance de l’ordinaire.

«S’exposer le primitif
sous un nordet qui balaye
toute logique
 
S’offrir la thérapie
du grand Bestial
remonter sa ligne de trappe
dans l’axe du réel
 
De mon temps
ni après ni avant
je suis là pour la vie
qui bat dans les buissons»
Extrait de «Pro pelle cutem»

Pro pelle cutem (Peau pour peau)

Nicolas Lauzon, Éditions du Passage, Montréal, 2016, 60 pages