Le jour des ours volants, Evelina Santangelo

Comment revivre, loin de chez soi, et ré-espérer lorsqu’on s’est frotté enfant à une guerre qui semblait discrète jusqu’à ce qu’elle massacre tous les nôtres ? Pour Jon Scripcaru, la réponse passe par l’élevage et la tentative de domptage d’un ours, mastodonte brun de muscles et de musc. « C’est un monstre », se fera dire Scripcaru, alias Le Blond. « J’ai vu pire », répondra-t-il, rêvant, et entraînant peu à peu tout un village — Palerme ? — dans son aspiration à faire faire du vélo au plantigrade. Il y a du Romain Gary dans cette pensée. Mais le ton du Jour des ours volants d’Evelina Santangelo est tout autre. Nostalgie, rudesse paysanne et de toute une époque et d’une Europe, descriptions des sens et des sensations, exposition sans pathos de la nécessité d’une quête humaine sont les grandes forces de ce livre, qui n’arrive pas tout à fait à garder, par sa structure, la beauté de chant dans la longueur de son déploiement.

Le jour des ours volants, Evelina Santangelo

Evelina Santangelo, Les Allusifs, Montréal, 2015, 238 pages