Les économistes au pilori

«L'économie? Je n'y comprends rien!» Avouons-le: quels sont ceux qui n'ont jamais lancé cette phrase après avoir lu ou entendu les savantes explications d'un expert de la chose? S'il faut en croire Bernard Maris, qui en connaît un bout en la matière, ce manque de compréhension s'explique tout simplement par le fait que, la plupart du temps, il n'y a rien à comprendre.

C'est d'ailleurs ce qu'il tente d'expliquer dans un féroce pamphlet intitulé Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles, réédité en format poche. «Pourquoi, demande-t-il, l'Économie, Science, avec ses fastes, ses Nobel et ses pompes, est-elle la seule qui soit autorisée à raconter les plus invraisemblables fantasmagories?»

Selon Maris, les brillantes théories du libéralisme, de la concurrence, de la transparence et de l'efficacité n'ont aucun fondement en théorie économique et «relèvent de l'idéologie la plus plate et de l'utopie la plus totalitaire, aussi totalitaire que furent les utopies socialistes et staliniennes»! Cela, ajoute-t-il, les vrais économistes le savent et le disent même parfois, mais pas trop fort, de peur de voir remis en question leur monopole sur le débat public.

Dénonciation de la «fonction terroriste des maths» qui transforme les économistes en purs logiciens déconnectés du réel, ce pamphlet se veut aussi un plaidoyer en faveur d'une science économique humaine, et non dure, qui renouerait avec sa nature politique et abandonnerait la «casuistique mathématique» au profit d'une approche tenant compte de la psychologie, de la sociologie, de l'histoire et de la philosophie. Smith, Marx et Keynes, donc, plutôt que Walras et ses nombreux épigones égarés.