Terrorisme : revenir au réel

Les commissions d'enquête récemment instituées par les administrations Bush et Blair sur la qualité des renseignements qui ont mené à la guerre contre l'Irak viennent confirmer — qui en doutait encore? — que tout n'a pas été dit sur cet épisode.

L'ouvrage de Richard Labévière vient jeter un autre pavé dans cette mare trouble que constitue ce qu'il est maintenant convenu d'appeler la «guerre contre le terrorisme».

Nouvelle idéologie, «totale, dominante, innervante et énervante, dont le prisme produit trop de discours incertains et de lectures du monde improbables», la lutte contre le terrorisme est en passe de jeter le monde dans une guerre sans fin. Afin de contrer ces lubies, Labévière suggère de «revenir au réel», de retrouver notre capacité d'analyse et d'enquête. C'est ce qu'il se propose de faire dans Les Coulisses de

la terreur.

Rédacteur en chef à la RFI et auteur de plusieurs essais sur l'islamisme, l'auteur est un habitué des enquêtes minutieuses et fouillées. Des quelques mois qui précèdent le 11 septembre 2001 jusqu'à aujourd'hui, la trame de ces événements désormais archiconnus est ici revisitée, point par point. Le journaliste revient longuement sur les liens qui unissaient Oussama ben Laden, ce «fils naturel de l'oligarchie saoudienne et des services américains», et la CIA.

Labévière suggère, preuves à l'appui, que l'administration américaine ferait tout pour ne pas retrouver son ennemi public numéro un. La peur d'un «Benladengate» serait à l'origine de ce manque d'effort dans la traque au milliardaire saoudien. En effet, le déférer en justice risquerait de compromettre le nouvel ordre géopolitique que les États-Unis souhaitent imposer au reste du monde. Par ailleurs, la menace constante que ferait peser al-Qaïda — dont l'auteur réfute jusqu'à l'existence même — sur les intérêts américains a trop d'utilité pour être levée. Pour preuve: «La chasse à Ben Laden et al-Qaïda a justifié le redéploiement le plus important de l'armée américaine depuis la fin de la guerre froide.»

On le voit, l'essayiste penche, et c'est là toute sa force, pour une lecture politique des événements. Par conséquent, les réponses au terrorisme, avertit Labévière, ne peuvent, elles aussi, qu'être politiques. À lire, donc, par ceux — nombreux — que les conclusions du rapport Hutton ont laissés sur leur faim.