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Alexandra au Tibet

Planche d’«Alexandra David-Néel»
Photo: Glénat Planche d’«Alexandra David-Néel»

Qu’est-ce qui est le plus signifiant ? Le rappel de la mémoire d’Alexandra David-Néel au bon souvenir du présent ou la convergence de l’intérêt que ce même présent lui témoigne en ce moment ?

En choeur, deux bandes dessinées ont décidé en effet de partir à la découverte de cette figure emblématique de l’exploration du début du siècle dernier. En février 1924, cette femme déterminée a marqué les esprits en parcourant 2000 kilomètres à pied dans les montagnes et la neige pour entrer à Lhassa, au Tibet. La ville est alors interdite aux étrangers. Première femme occidentale à déjouer cet interdit, là où des dizaines d’explorateurs avaient échoué avant elle, son geste va marquer son destin. Durablement.

Photo: Glénat Planche d’«Alexandra David-Néel»

Avec Les chemins de Lhassa (Glénat), Clot, Perrissin et Pavlovic concentrent d’ailleurs leur regard sur cette marche infernale, dans ce pays de neige, alors qu’Alexandra David-Néel s’engage dans cette traversée des montagnes de l’est du Tibet en compagnie de son fils adoptif, Aphur Yongden, en direction de cet impossible. Le coup de crayon est précis, tout comme le scénario, d’ailleurs, qui prêche toutefois par excès d’hagiographie en surlignant un peu trop l’audace, le dépassement et la détermination de cette tibétologue et orientaliste qui a fait du Tibet sa deuxième maison. Il en ressort, sous une tonalité un peu trop académique, un portrait savamment documenté, certes, mais probablement trop lisse et lustré pour être vrai.

Une vie avec Alexandra David-Néel (Bamboo) ne tombe heureusement pas dans cette ornière, revenant avec un peu plus de sens critique sur le parcours et la vie de cette femme qui a jeté un pont entre le bouddhisme et l’Occident, fréquenté le 13e dalaï-lama en 1912 et embrassé la culture, le mode de vie et les traditions de l’Orient. Le récit puise dans le journal de Marie-Madeleine Peyronnet, qui a été la secrétaire et la confidente de l’exploratrice durant les 10 dernières années de sa vie. Alexandra David-Néel s’est éteinte en septembre 1969, à l’aube de sa 101e année. Elle venait de faire une demande pour obtenir un nouveau passeport.

Entre sa fin de vie dans une vieille baraque de Digne, en France, et ses années d’étude et d’exploration en Inde et au Tibet, le bouquin remonte le fil de la profonde curiosité et de la grande passion de l’exploratrice en se collant à son caractère impétueux (et un tantinet malcommode, vers la fin), mais aussi terriblement attachant. Quand elle quitte son mari dans le port du Havre, en 1911, c’est pour un voyage de 18 mois. Elle le retrouvera 14 ans plus tard.

En deux tomes — le deuxième n’est pas encore sorti —, cet exercice de mémoire, qui manie subtilement les noirs, les blancs et la couleur dans des cases magnifiquement assemblées, évite l’hommage trop sirupeux pour mieux faire ressortir la dimension humaine et forte d’un personnage dont il devient alors plus agréable de suivre les explorations plutôt que de se laisser ensevelir par le mythe qu’il a construit.

Alexandra David-Néel. Les chemins de Lhassa

Christian Clot, Christian Perrissin et Boro Pavlovic, Glénat, Grenoble, 2016, 60 pages et «Une vie avec Alexandra David-Néel», Fred Campoy et Mathieu Blanchot, Bamboo édition, Charnay-Lès-Mâcon, 2016, 96 pages