La bande dessinée fait encore son entrée au musée

À Trois-Rivières, un El Rancho grandeur nature, personnage mis en dessin par Yves Rodier, attendra les visiteurs de l’expo.
Photo: Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières À Trois-Rivières, un El Rancho grandeur nature, personnage mis en dessin par Yves Rodier, attendra les visiteurs de l’expo.

Il y a des intrusions de domicile qui peuvent parfois faire des jaloux. Prenez toutes celles qu’a effectuées François Bourdages, commissaire de l’exposition L’art de la bande dessinée québécoise.

Dans les dernières années, il a fouillé dans les tiroirs de Michel Rabagliati, traqué la pièce rare et signifiante dans l’atelier de Réal Godbout, retourné le sous-sol de Jean-Paul Eid, les armoires d’Yves Rodier, de Thierry Labrosse ou de Zviane. Le tout pour une bonne cause, et avec l’autorisation des principaux intéressés, bien sûr : donner corps à cette incursion muséale dans l’univers de la création de 23 auteurs contemporains de bande dessinée. La chose vient d’ouvrir ses portes vendredi au Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières. Elle va tenir l’affiche jusqu’au 28 janvier 2018.

« À l’origine, ce projet devait porter sur le processus de création de trois ou quatre auteurs et devait être présenté pendant un mois, peut-être deux, résume à l’autre bout du fil l’instigateur du projet. Au final, on se retrouve avec plus de 20 auteurs, deux salles. L’expo va durer 19 mois et être la plus grande jamais présentée sur la bande dessinée québécoise à ce jour », après celles de 1976 et de 1997 au Musée du Québec et la toute dernière présentée en 2013 au Musée des beaux-arts de Montréal pour souligner les 15 ans d’existence de la maison d’édition La Pastèque.

Photo: Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières

Une communauté

L’enthousiasme des créateurs de récits en case devant ce projet y est pour beaucoup, dit M. Bourdages, qui n’a pas eu de difficulté à convaincre Jimmy Beaulieu, Jean-François Bergeron, Marc Delafontaine ou Tristan Demers à le laisser poser sur les murs du musée des fragments qui témoignent des coulisses de leur univers créatif. « Du synopsis à l’encrage, en passant par la scénarisation, la recherche graphique, la mise en page, le découpage, l’expo cherche à expliquer comment se fabrique une bande dessinée, pour démystifier cet art en pleine croissance au Québec, dit-il, mais également pour donner le goût de lire de la bande dessinée aux gens de tout âge en leur donnant la chance de regarder par la porte d’en arrière. »

Didactique. L’art de la bande dessinée québécoise l’est sans l’ombre d’un doute en dressant le portrait des techniques de dessins qui ont donné vie aux histoires intimistes de Zviane, qui ont érigé Paul, personnage de Michel Rabagliati, les personnages des Nombrils de Delaf et Dubuc ou encore El Spectro d’Yves Rodier en figures emblématiques de ce 9e art façonné principalement en français en terre du Québec et plus loin encore. Plusieurs auteurs d’ici sont publiés désormais dans des maisons d’édition franco-européennes.

« Il y a la volonté aussi de faire découvrir des auteurs prolifiques moins connus ici malgré leur influence grandissante ailleurs dans le monde. » Denis Rodier, une des plumes les plus actives de DC Comics aux États-Unis, qui dessine Superman depuis le début des années 1990, en fait probablement partie. Tout comme d’ailleurs Daniel Shelton, auteur de la série d’histoires en trois cases Ben.

Entre tradition et modernité, l’exposition pilotée par M. Bourdages tente également de dresser le portrait des techniques variées convoquées pour donner vie à un genre en popularité croissante au Québec. « Marc Delafontaine ne jure que par la tablette graphique pour dessiner, dit le commissaire. Alors qu’Yves Rodier est encore au pinceau, à l’encre et se dit incapable de se passer du grain du papier », prouvant ainsi que, loin d’être figé, l’art de la bande dessinée du Québec est, avec toutes les bulles qui l’animent, forcément, en constante ébullition.

23 bédéistes pour une expo

La brochette de créateurs qui prend part à l’exposition est aussi contemporaine que variée. Des noms ? Et des titres ?

Jimmy Beaulieu : Ma voisine en maillot

Jean-François Bergeron (Djief) : Tokyo Ghost et Le crépuscule des dieux

Iris Boudreau : Justine et Dans mes rellignes

Delaf et Dubuc : la série Les nombrils

Tristan Demers : la série Gargouille

Jean-Paul Eid : les aventures de Jerôme Bigras

Philippe Girard : La visite des morts et La mauvaise fille

Réal Godbout : la série Michel Risque et le personnage Red Ketchup

Thierry Labrosse : les séries Morea et Ab Irato

Jacques Lamontagne : Van Helsing contre Jack l’Éventreur et la série Les druides

François Lapierre : Les chroniques sauvages

Stéphanie Leduc : les séries Titi Krapouti et Dryade

Mario Malouin : Don Cartoone, un parfum de corruption

Mikaël : la série Promise

François Miville-Deschêne : Reconquêtes

Michel Rabagliati : la série Paul

Julie Rocheleau : La petite patrie

Denis Rodier : L’Ordre des dragons

Yves Rodier : la série El Spectro

Daniel Shelton : la série Ben

VoRo : L’été 1963

Zviane : Les deuxièmes