L’impertinent Giesbert à l’aventure

Franz-Olivier Giesbert allie ses cultures française et américaine.
Photo: Gallimard Franz-Olivier Giesbert allie ses cultures française et américaine.

L’arracheuse de dents est par excellence un roman d’été fantasque et joyeux. Franz-Olivier Giesbert y imagine Lucile Bradsock, dentiste et justicière française, mais aussi grande séductrice, partagée entre son pays natal et celui qu’elle adopte, les États-Unis. C’est le prétexte pour faire défiler un siècle d’histoire, de la Révolution française à la guerre de Sécession, en passant par les guerres indiennes. Sans oublier Napoléon.

Auteur d’une quinzaine de romans, dont Un très grand amour (2010), Dieu, ma mère et moi (2012) et La cuisinière d’Himmler (2013), Franz-Olivier Giesbert a vécu ses premières années aux États-Unis, avant que ses parents s’installent en Normandie. Il a évoqué son père, artiste peintre, très violent, qui battait sa femme, dans L’Américain et d’autres ouvrages où il évoquait ces relations difficiles.

Lui-même fils d’un peintre de l’Art Institute de Chicago, Edmund Giesbert, ce père juif, charismatique et talentueux, survivant de la Seconde Guerre mondiale, avait épousé une Française catholique, de fort tempérament, qui ne le quitta pas mais souffrit.

Le « fils de l’Américain », FOG, comme on l’appelait en Normandie, fut lui-même un enfant battu. De cinq à douze ans, prendre le parti de sa mère lui fit vivre un cauchemar. Très près d’elle, qui fut son professeur de philosophie, il se réconcilia avec son père, mais après sa mort. Il choisit alors d’oublier le pire, grâce à la force de son monde intérieur, ancré dans sa vie à la ferme et ses balades dans la nature.

Dès l’enfance, FOG se tourne vers l’écriture. Il pastiche ses auteurs favoris et bientôt se fait un nom dans le journalisme. Sa famille compte de nombreux artistes et, parmi les amis, se trouve Giacometti. Il en sort aussi cultivé qu’éclectique. Ses entretiens littéraires et musicaux sont notoires, comme ses portraits d’hommes politiques, dont Chirac et Mitterrand.

Grand reporter aux États-Unis, homme de foi, végétarien, il a fait carrière dans de grands journaux et magazines, de gauche comme de droite, en surprenant plusieurs. Il est actuellement éditorialiste au magazine Le Point, et il ne mâche pas ses mots devant les grèves actuelles, alimentant l’encre de ses confrères.

Il ne faut pas confondre FOG avec son frère, Jean-Christophe Giesbert, alias Norman Ginzberg, lui aussi écrivain et homme de communication.

Joie de vivre

On pourrait croire que L’arracheuse de dents est pris dans sa vie. Le roman est amusant, vivant. Cette tueuse a de l’appétit, et, féroce, Lucile Bradsock se trouve au-devant de toutes les scènes révolutionnaires. C’est poussé, exagéré, rocambolesque, mais truculent. Le plaisir de s’amuser est évident. Née en 1777, morte quasi centenaire, son héroïne a tout vécu, de Robespierre à la guerre de Sécession en passant par la mort de Marie-Antoinette et un amour illicite avec Apollon, un esclave afro-américain.

Pour un peu, on croirait que cette femme, dentiste, est la vraie aïeule de FOG, qu’il l’a connue et qu’il a tout su d’elle : sa vie à Nantucket, comme son examen du dentier de Washington et son amitié avec Thomas Jefferson, et, en passant, ce petit coup de chapeau à Melville, qui ne mit le pied à Nantucket qu’un an après la sortie de Moby Dick.

Cette fantaisie très réussie ponctuée de grandes batailles a valu à Franz-Olivier Giesbert le premier prix Récamier du roman, doté de 5000 euros. Le roman était en lice aux côtés de La grande arche de Laurence Cossé et Veracruz d’Olivier Rolin. Au jury, on retrouvait Olivier Barrot, Jean-Paul Enthoven, Nicolas d’Estienne d’Orves, Olivia de Lamberterie et Ivan Levaï. Mme Récamier, femme d’esprit et grande séductrice dans l’histoire, née justement en 1777, a-t-elle librement inspiré cette Lucile Bradsock ?

À signaler, du côté du journalisme politique, Derniers carnets. Scènes de la vie politique en 2012 et avant, un titre signé Franz-Olivier Giesbert qui vient tout juste de paraître en France chez Flammarion. On dit l’ouvrage riche de révélations sur François Hollande et sur Nicolas Sarkozy, à la manière pourfendeuse dont le directeur de la rédaction du Point règle habituellement ses comptes.

L’arracheuse de dents

Franz-Olivier Giesbert, Gallimard, Paris, 2016, 440 pages