L’Occident est-il le père du djihad?

Un pompier dans les ruines du World Trade Center, après les attentats du 11-Septembre.
Photo: Preston Keres Agence France-Presse Un pompier dans les ruines du World Trade Center, après les attentats du 11-Septembre.

Quinze ans après l’attentat islamiste contre le World Trade Center, l’Occident a-t-il raison d’être dans un état d’alerte permanent ? Une tuerie comme celle du 13 novembre 2015 à Paris confirme-t-elle cet état ? La Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques répond que, malgré tout, le nombre de victimes civiles du terrorisme est infime en Occident par rapport au reste du monde. Le fossé économique Nord-Sud serait-il le vrai problème ?

Voilà ce que suggère l’ouvrage collectif L’effet 11 septembre publié, sous la direction de Frédérick Gagnon, Julien Tourreille et Élisabeth Vallet, par la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Aucun des 15 collaborateurs ne signe de texte. Ce qui fait du groupe de recherche l’unique auteur. À propos du terrorisme en général, les politologues précisent que « l’Afghanistan, l’Irak et le Pakistan ont été le théâtre de près de la moitié des attentats commis dans le monde au cours des 15 dernières années ».

Le préfacier, Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire, s’en prend aux États-Unis, souvent responsables du désordre international dont ils subissent les répercussions en les exagérant. Il soutient que le groupe armé État islamique, « né des prisons irakiennes durant l’occupation » du pays par Washington (2003-2010), « est le résultat de la plus grande erreur de l’histoire contemporaine de la politique étrangère américaine (et britannique) ».

Sa percutante conclusion, corroborée par les faits, reflète l’esprit du livre : cet État islamique « est la créature de l’Amérique comme al-Qaïda », fomenteur de l’attentat new-yorkais du 11 septembre 2001, « l’a été en Afghanistan dans les années 1980 ». Ses collègues soulignent que Barack Obama n’a pas atténué, dans la guerre au terrorisme islamiste, l’état d’exception permanent instauré par George W. Bush.

Ils en donnent comme preuves « l’intensification de l’effort de guerre américain en Afghanistan, le recours plus fréquent aux drones pour tuer les terroristes entre l’Afghanistan et le Pakistan, et le statu quo entre Obama et le Congrès sur le dossier de la fermeture de Guantánamo ». Ils décrivent on ne peut mieux l’opinion aux États-Unis.

Selon eux, elle se polarise « entre une gauche convaincue que Washington instrumentalise la menace terroriste pour continuer à justifier des mesures portant atteinte aux libertés individuelles [en témoigne l’affaire Snowden] et une droite salivant à l’idée de fermer les frontières à tous les “étrangers” désirant entrer aux États-Unis ». Donald Trump, candidat à la présidence, incarne cette droite.

À la polarisation états-unienne se juxtapose une polarisation entre les privilégiés occidentaux et les révoltés d’un Sud musulman qui, victimes de la disparité mondiale, se terrorisent entre eux au nom de l’islamisme et de son obscure pureté libératrice.

« En Occident, la violence terroriste est surestimée dans sa forme actuelle et conduit à façonner des politiques destinées au combat du seul terrorisme djihadiste. » Extrait de «L’effet 11 septembre»

L’effet 11 septembre. 15 ans après

Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Septentrion, Québec, 2016, 210 pages

15 ans après

2 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 12 juin 2016 11 h 32

    Très juste comme analyse .

    C,est d'une telle évidence qu'on se surprend qu'elle ne soit pas reprise par nos médias.

  • Marc Tremblay - Abonné 12 juin 2016 21 h 24

    Bon orthographe

    Je pense qu'on dit états-uniennes.