Des poèmes qui se promènent

Le public est invité à créer ses propres jeux de mots. Toutes les activités de Pavé poésie se dérouleront en pleine foire commerciale de l’avenue du Mont-Royal, à Montréal.
Photo: Jean-François Leblanc Le public est invité à créer ses propres jeux de mots. Toutes les activités de Pavé poésie se dérouleront en pleine foire commerciale de l’avenue du Mont-Royal, à Montréal.

Le jour des attentats de Bruxelles, le 22 mars dernier, Rosario avait perdu son logement et campait à l’aéroport. Il venait d’entamer des démarches pour se trouver un emploi. « Je n’ai pas assez de peau pour la mort », écrit à son sujet le poète Jean-Marc Desgents. Le jour des attentats de Bruxelles, Olivier a d’abord été déclaré mort, puis mourant, et mort de nouveau. « Et puis, au cinquième jour / Devant la densité de la violence / Tu as souri pour toujours », écrit Élise Turcotte.

Le jour des attentats de Bruxelles, 32 personnes sont mortes en plein vol, en pleine activité quotidienne. My, qu’on appelle aussi Johanna, travaillait au Palais des thés. Illustratrice, elle aimait aussi les fleurs et les arbres : « Crayonner des explosions de saveur, oui / mais pas de panique — les couleurs te survivront », lui écrit aujourd’hui Aimée Lévesque.

Le jour des attentats de Bruxelles, la Montréalaise d’origine belge Patsy Van Roost a communiqué avec un de ses amis qui était là-bas. C’était aussi un ami de Johanna.

Pendant huit jours, elle l’a accompagné, d’outremer, dans ses recherches pour retrouver son amie. Au bout de huit jours, quand Johanna a été déclarée morte, « ç’a été la fin du monde », raconte-t-elle. « Je me suis dit : on ne peut rien faire, mais il faut que je fasse quelque chose. »

Vous auriez pu être ailleurs, auriez pu changer les jours, refuser l’horaire, décaler la date, décider de rentrer hier, l’an prochain / dans une minute plutôt que maintenant / à l’instant où je vous perds

 

Pendant des semaines, elle récupère dans les journaux belges Le Soir et La Libre Belgique l’histoire des disparus. Puis elle entre en contact avec l’écrivain de la cité de Montréal, Bertrand Laverdure, et lui demande s’il est possible d’en faire des poèmes.

C’est ainsi qu’est né le projet « Élégie pour Bruxelles, presque 32 poèmes à promener », qui se déploie ce week-end à l’occasion de l’événement Pavé poésie, sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal.

Trente-deux poètes ont été pressentis pour écrire 32 poèmes destinés spécifiquement à chacune des victimes. Pour les deux couples dont les membres ont été tués ensemble, le frère et la soeur, les deux époux, Patsy Van Roost a demandé un seul poème en deux morceaux.

« Vous auriez pu être ailleurs, auriez pu changer les jours, refuser l’horaire, décaler la date, décider de rentrer hier, l’an prochain / dans une minute plutôt que maintenant/à l’instant où je vous perds », écrit Laurance Ouellet Tremblay pour Alexander et Sascha, frère et soeur âgés de 29 et 26 ans, qui parlaient au téléphone à leur mère lorsque l’explosion les a soufflés dans le hall des arrivées de l’aéroport.

Cousus sur des tee-shirts jaunes, les poèmes se promèneront d’un bout à l’autre de l’avenue du Mont-Royal durant l’événement Pavé Poésie. « Je ne voulais pas que les poèmes soient affichés comme des pierres tombales », dit Patsy Van Roost. Elle voulait en quelque sorte des poèmes qui vivent. Elle cherche d’ailleurs 32 promeneurs pour la marche du dimanche, à 14 h, qui partira du parc des Compagnons.

Plusieurs des poètes qui ont accepté de se prêter à l’exercice ont un attachement profond à la Belgique. D’autres ont l’ont fait par humanisme. « Le poème n’a rien de secret, ni de sacré, écrit Bertrand Laverdure, il est du vivant branchu qui s’étale sur du crime. Un vêtement commun qui efface quelque temps les fantômes, pour mieux incarner ceux qui auraient pu persévérer. »

Jusqu’au 5 juin, donc, Pavé poésie met la poésie à l’honneur, avenue du Mont-Royal, jusqu’au parc des Compagnons.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La Montréalaise d’origine belge Patsy Van Roost a récupéré dans les journaux «Le Soir» et «La Libre Belgique» l’histoire des disparus. Avec le poète de la Cité de Montréal, Bertrand Laverdure, le projet est né. Cousues sur des tee-shirts jaunes, les œuvres se baladeront d’un bout à l’autre de l’avenue du Mont-Royal.

Sur la scène extérieure, à l’angle de Mont-Royal et Saint-Hubert, la demi-finale de la dixième saison de la Ligue québécoise de slam aura lieu ce vendredi, suivie, à 20 h, d’un spectacle mettant en scène Yann Perreau, accompagné de Jean-Paul Daoust et Dominique Cornellier.

Le lendemain, après la seconde demi-finale de la Ligue de slam, c’est Queen ka qui reçoit ses invités : Samian, Rebecca Deraspe, David Paquet, Christine Germain, Bernard Adamus et Marie-Pierre Genest.

« Je leur ai demandé d’écrire chacun un poème », dit Queen Ka, qui sera sur scène avec ses musiciens. « Prêter ses musiciens, c’est un peu comme laisser entrer des gens dans son couple », constate-t-elle.

Samedi, 4 juin, durant la journée, au parc des Compagnons, une poésie exquise s’inspirera des exercices de cadavres exquis. Des ateliers seront donnés pour les enfants par Philippe Garon, en collaboration avec le Festival de la poésie.

Durant tout le festival, des activités se tiendront le long de l’avenue du Mont-Royal. On pourra y assister entre autres à l’activité Brouette : parcours poétique de Baron Marc-André Lévesque et ses poètes invités.

Des poèmes seront déposés dans les sacs d’achat de certains commerces et le public sera invité à créer ses propres jeux de mots. Le tout se déroulera en pleine foire commerciale de l’avenue du Mont-Royal.

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