La langue, miracle et combat

Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir

« La langue est une fête parce que notre humanité passe par elle. Elle est aussi une responsabilité et, au Québec, un combat. » Voilà comment Louis Cornellier, chroniqueur au Devoir, livre magnifiquement l’idée maîtresse de son ouvrage Le point sur la langue. Ce qui surprend, puisqu’il s’y montre puriste en fustigeant plusieurs entorses à la grammaire et à l’orthographe. Mais en fait, il sait que la langue « est un miracle » dont on défie l’architecture.

C’est en tout cas la tâche et même la vocation de l’écrivain authentique. Cornellier le reconnaît chez les poètes qui, par une des mille façons « d’incarner » l’amour de la langue, se plaisent à « se jouer parfois de la norme, non par ignorance mais en connaissance de cause ». L’art d’écrire suppose encore plus de liberté pour tenter de donner aux mots, tout en respectant leur histoire et les règles qui régissent leur combinaison, un sens qu’ils n’ont jamais vraiment eu. Cornellier le devine en évoquant la fête et le miracle.

Cela ne l’éloigne pas de la grammaire qui, si rébarbative qu’elle soit, a fini par le charmer. Son attitude n’est pas étrangère à celle de l’érudit Ferdinand Brunot (1860-1938) qui révolutionna l’étude de la langue en démontrant que le français est beaucoup moins le résultat d’une logique éprouvée par les siècles que le fruit d’une longue évolution où l’intuition a la meilleure part.

La pureté ?

Sensible lui aussi à la magie de l’intuition, Cornellier dénonce « l’instrumentalisation du purisme linguistique au profit d’un moralisme langagier suffisant, dont les tenants prétendaient aimer la langue, alors qu’elle ne leur servait qu’à dominer les autres en les corrigeant et en répandant du même coup un sentiment d’insécurité linguistique ». Ce raisonnement remarquable n’est pas sans rappeler le démolissage en 1932 par Brunot de la Grammaire de l’Académie française, rédigée principalement par Abel Hermant.

Ce dernier, qui passa longtemps pour le roi des puristes et l’arbitre acide des mondanités littéraires, fut exclu de l’Académie en 1945 en raison de sa collaboration avec l’occupant nazi. Il s’agit d’un cas extrême d’autoritarisme généralisé pouvant illustrer combien Cornellier a raison de soutenir que des gens très à droite se trompent en disant « que c’est d’abord la baisse de la qualité de la langue qui menace le français au Québec ».

La réplique va de soi : une langue s’affaiblit lorsqu’elle perd sa nécessité socio-économique et le remède alors ne peut être que politique. Comme le souligne Cornellier, il est urgent d’étendre la loi 101 au niveau collégial pour que les cégeps de langue anglaise cessent « d’angliciser une importante proportion de francophones et d’allophones ». Le français ne restera une fête et un miracle au Québec que s’il s’impose de plus en plus comme un combat quotidien pour l’avenir collectif.

« L’avenir canadien du français est un cimetière bilingue. » Extrait du «Point sur la langue»

Le point sur la langue. Cinquante essais sur le français en situation

Louis Cornellier, VLB, Montréal, 2016, 192 pages

4 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 mai 2016 21 h 10

    Quand une langue s affaiblit,le remede ne peut etre que

    politique. Quel remede employé quand c est le politique qui est responsable de cet affaiblissement? La solution evidente est de changer les dirigeants de cette politique en l occurrence présentement dans la belle province de Québec le PLQ de Philippe Couillard .Non seulement celui-ci ne defend pas le francais mais stimule l anglicisation des nouveaux arrivants, et en s opposant a l enseignement de notre histoire aussi acceptant les écoles passerelles et autres. Or par consequent n est-ce pas :"Libérons nous des libéraux." Ce qui nous empeche pas d etre bilingue . J-P.Grise

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 mai 2016 11 h 44

    Quand le politique est le contraire du remede.

    Alors il changer le gouvernement pour cette raison et beaucoup d autres. J-P.Grise

  • - Inscrit 22 mai 2016 17 h 58

    La pureté ...

    ... de quelques nature qu'elle soit a toujours été suspecte à mes yeux. Je parle de l'orthographe particulièrement; la syntaxe étant la logique de la lange et il faut la préserver dans la clarté la plus pure. Le français a été victime au 17e siècle de la préciosité, d'où les nombreuses incongruités et fantaisies de son orthographe.

    La pureté de la langue est pour moi une condamnation à l'immobilisme, ultimement, à sa mort. La langue française a évoluée, changée, s'est adaptée depuis plusieurs siècles. la préserver ne signifie pas ne pas l'adapter aux réalités sociales actuelles.

  • Denis Paquette - Abonné 22 mai 2016 19 h 19

    Notre monde est vraiment a refaire mais comment y arriver

    La langue n'est elle pas avant tout un outils de partage le politique le contraire du partage je le croirais, le politique le contraire du remède je le croirais monsieur Grisé, ca nous indique que les nouvelles genérations vont devoir travailler fort pour rendre viable le monde actuel