De l’eau de rose pour humaniser les robots

Cette nourriture littéraire donnerait de bons résultats, selon les ingénieurs de Google.
Photo: iStock Cette nourriture littéraire donnerait de bons résultats, selon les ingénieurs de Google.

« Avec Jack et Elle dans une telle proximité, des étincelles s’animent tout autour. L’embrasement n’est plus qu’une question de temps. » Voilà en substance le type de scénario que les ingénieurs de Google ont décidé de faire lire à l’intelligence artificielle développée actuellement dans les laboratoires de la multinationale américaine en Californie. Le robot y a été exposé pour le moment à plus de 2800 romans d’amour et autres récits à l’eau de rose, et ce, dans l’espoir d’affiner ses capacités de lecture, d’écriture et de conversation.

Dans les pages du journal numérique BuzzFeed, Andrew Dai, ingénieur responsable de ce projet d’humanisation de cette autre forme d’intelligence, a expliqué avoir opté pour cette littérature romantique — aux titres évocateurs, tels Amour inconditionnel, Désir fatal et enflammé, Décollage — non pas pour son simplisme, mais pour les histoires similaires qu’elle expose en utilisant des mots différents pour le faire. « Une fille s’amourache d’un garçon. Le garçon tombe amoureux d’une autre fille. C’est la tragédie de la romance », a-t-il expliqué en précisant que ce corpus permet du coup au robot de saisir les nuances de la construction des idées. Les livres d’amour ont été préférés à la littérature pour enfants en raison du spectre langagier beaucoup plus large qu’ils contiennent.

Cette nourriture littéraire donnerait de bons résultats, selon les ingénieurs de Google qui ont réussi à faire écrire cette intelligence artificielle avec les mêmes tonalités qui façonnent ce type de romans à l’eau de rose. « Les applications de Google donnent des réponses très factuelles, a résumé M. Dai. Avec ces travaux, et les projets futurs que nous allons mener, l’intelligence artificielle va pouvoir être utilisée pour lire des grands blocs de texte dans un courriel ou encore pour entrer en interaction dans un mode de conversation plus réaliste et plus humaine, avec une plus grande variété de ton, de style et de registre langagier. »

L’intelligence artificielle de Google pourrait également devenir un incroyable séducteur, estime M. Dai, quand on lui pose la question. « Si vous êtes capable de tomber amoureux d’une statue [dans un musée], je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas tomber amoureux d’un réseau neuronal artificiel qui a été entraîné en lisant des romans romantiques », une réalité qui pour le moment relève surtout de la fiction, comme l’a exposé en 2013 Spike Jonze dans son film Her, mettant en vedette un écrivain public succombant au charme, à l’intelligence artificielle et à la voix de son système d’exploitation.

1 commentaire
  • David Létourneau - Inscrit 10 mai 2016 10 h 22

    Quand le petit sorcier à lunettes joue à la poupée

    Entretenir une IA à la manipulation et aux sentiments outranciers, comme on éduque "à l'eau de rose" les femmes à demeurer dans le pathos en encourageant tout ce qu'on n'encourage pas chez l'homme... Ces gens de Google sont des blagueurs, non? Don't be evil est le credo de ces beaux rêveurs de Californie; comme l'entendait Slavoj Zizek lors de son passage à Mountain View, pour qu'il y ait nécessité d'un tel credo, il faut qu'il y ait "malveillance" comme point d'ancrage. Décidemment...