De rares archives de Marcel Proust seront mises aux enchères

Marcel Proust en 1895
Photo: Wikicommons Marcel Proust en 1895

Paris — Des lettres (rares) adressées à son père, des manuscrits parfois inédits, des dessins, des portraits de famille : c’est l’univers intime de l’écrivain français Marcel Proust qui sera mis aux enchères chez Sotheby’s à Paris le 31 mai.

Au total, plus de 120 photographies, dessins, livres, manuscrits et lettres, autant de témoignages sur les amours, les amis et le travail de l’auteur de la suite romanesque À la recherche du temps perdu, mort en 1922, seront mis à l’encan par l’arrière-petite-nièce de l’écrivain, Patricia Mante-Proust, âgée de 41 ans.

La totalité de la collection est estimée entre 520 000 et 740 000 euros.

La collection renferme de nombreuses photographies. Il y a des portraits de famille, dont plusieurs représentent Marcel Proust lui-même, mais aussi des portraits de ses amis-amants, l’auteur Lucien Daudet, le pianiste Reynaldo Hahn.

On trouve notamment l’un des portraits les plus célèbres de Marcel Proust où l’écrivain, alors âgé d’environ 17 ans, pose en pied. Au recto, une dédicace de Lucien Daudet « à [s]on cher Marcel ». Cette photo est estimée entre 4000 et 6000 euros.

Une autre photo montre l’écrivain entouré de Lucien Daudet, couvrant Marcel d’un regard langoureux, l’avant-bras reposant sur son épaule, et de son ami Robert de Flers. On sait que, sur l’insistance de ses parents, Marcel Proust devra récupérer tous les tirages de cette photo prise en 1896 pour empêcher la circulation de cette image jugée compromettante (estimation : 5000 à 8000 euros).

Une édition originale de Du côté de chez Swann (premier tome de La recherche publié en 1913) est estimée entre 20 000 et 30 000 euros. Véritable trésor pour les « proustiens », un « placard » (jeu d’épreuves) encore inconnu d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs (deuxième tome), en grande partie manuscrit, raturé et corrigé, est estimé entre 20 000 et 25 000 euros.

À l’ombre des jeunes filles en fleurs aurait dû sortir en 1914, mais la guerre en retarda la publication. Comme le prouve le « placard » mis aux enchères, Marcel Proust profita de ce délai pour corriger abondamment son texte. Le roman fut couronné par le prix Goncourt en 1919.

Parmi les lots les plus émouvants, il y a deux des trois seules lettres connues de Marcel Proust à son père qui ne concevait pas que la littérature puisse être un métier.

Dans une missive de septembre 1893 (estimée entre 10 000 et 15 000 euros), Marcel Proust semble se soumettre à la volonté paternelle en affirmant vouloir préparer « sérieusement » le « concours des affaires étrangères » tout en soulignant par ailleurs que « toute autre chose que les lettres et la philosophie est pour [lui] du temps perdu ».

Enfin, sont proposées plusieurs lettres bouleversantes de Marcel Proust à Reynaldo Hahn qui est « vraiment la personne qu’avec maman j’aime le mieux au monde » ou Lucien Daudet. On y voit le coeur de Marcel Proust mis à nu comme nulle part ailleurs.