Le festival du Jamais Lu, à bouche que veux-tu

De gauche à droite: Annick Lefebvre, Sébastien David, Marcelle Dubois et Sarah Berthiaume
Photo: David Ospina De gauche à droite: Annick Lefebvre, Sébastien David, Marcelle Dubois et Sarah Berthiaume

Au 15e festival du Jamais Lu, événement sans pareil de la dramaturgie francophone émergente, on célèbre goulûment la langue française, celle d’ici et d’ailleurs, avec tous ses accents, ses caprices et ses spécificités, avec des artistes de tous horizons.

Il y a une quinzaine d’années, au regretté café-théâtre L’aparté, Marcelle Dubois et sa bande d’aspirants dramaturges ont exprimé le désir de s’entendre lire leurs pièces. De ce désir est apparu le festival du Jamais Lu : « On l’a créé de façon très spontanée puisqu’il y avait moins de place pour les textes de notre génération, raconte la directrice artistique et générale de l’événement. Je suis la première agréablement surprise de voir que cela a trouvé un écho dans tout le paysage théâtral, mais aussi dans le public. Le public vient entendre les textes comme si la mise en lecture était un genre en soi, comme s’il avait accès à une littérature théâtrale dans un espace intimiste où l’on prend une bière, en étant le premier à entendre ce qui va peut-être se retrouver sur scène plus tard. »

De l’aveu de Marcelle Dubois, le festival du Jamais Lu a évolué sans plan de développement, revenant d’une année à l’autre selon le désir des artistes et du public. Au fil du temps, l’événement est devenu l’hôte d’artistes de la francophonie dans un souci de ne pas demeurer replié sur lui-même, de partager cet amour du français. Le festival a même fait des petits puisqu’Anne-Marie Olivier a mis sur pied l’édition de Québec en 2011, et Marc-Antoine Cyr à Paris l’an dernier. Chaque édition respecte l’ADN du festival, c’est-à-dire que les activités se déroulent dans une atmosphère décontractée, où l’on se questionne sur la société et où l’on n’est pas soumis à la tyrannie des A.

« Ce que je retiens de ces 15 ans, c’est cette envie de créer un espace libre pour la parole, de rencontrer le public sans trop d’artifices. Ce qui est chouette au Jamais Lu, c’est qu’on est sur un tout autre terrain, on est sur celui des idées, de la parole, de la découverte, sur ce qui est à venir, ce qui est devant nous. Cette chose-là qu’on ne connaît pas est une valeur en soi pour notre public. »

Avec ses codirecteurs invités, Sarah Berthiaume, Annick Lefebvre et Sébastien David, Marcelle Dubois a décidé d’embrasser large cette année : « On s’est dit à la blague qu’à 15 ans, après avoir goûté à la langue des gens qu’on aime, on a le goût de se coller à leur parole. Au-delà de ça, on avait envie d’un festival qui rendrait compte de tout ce que s’est développé en 15 ans. »

En plus de huit textes inédits d’auteurs québécois, des coups de coeur de la direction quadricéphale, ce 15e festival présente Recall Them Corp. de la Française Tiphaine Raffier, texte lancé au Jamais Lu à Paris, sans oublier les 5 à 7 Frenche la planète, où sont conviés des auteurs de la République démocratique du Congo, des Comores, de la France, de la Suisse et de la Belgique. Quant à la soirée d’ouverture, qu’animeront Alexandre Cadieux et Sébastien Rajotte, elle fera place à 15 artistes de différentes disciplines qui revisiteront les textes marquants de l’histoire du Jamais Lu.

Jusqu’au 6 mai au théâtre Aux Écuries.