Les villes vertes de la Nouvelle-France

Le patron des jardiniers, saint Fiacre, s’est consacré à la culture de plantes médicinales.
Photo: Septentrion Le patron des jardiniers, saint Fiacre, s’est consacré à la culture de plantes médicinales.

Que ce soit sur les toits, dans les ruelles ou les jardins communautaires, les urbainculteurs renouent avec la tradition des potagers intra-muros de la Nouvelle-France. L’historien Jean-Pierre Hardy n’a pas attendu ce retour à la terre des citadins pour s’intéresser aux légumes d’autrefois.

En 1608, Champlain est accompagné de son jardinier lorsqu’il fonde Québec au pied du cap Diamant. Entre deux voyages dans les pays d’en haut, l’explorateur expérimente les pousses du Vieux Continent en sol américain. « Ses jardins symbolisaient aussi la souveraineté française et l’ordre », écrit l’auteur de Jardins et jardiniers laurentiens (1660-1800).

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec et Montréal sont de véritables « villes vertes ». À l’intérieur des remparts, les communautés religieuses aménagent de gigantesques potagers servant à la fois à l’alimentation, à la médecine, au loisir et au recueillement. À lui seul, le jardin du gouverneur s’étend sur plus de 10 000 mètres carrés dans la haute ville de la capitale.

La revanche de la patate

Hardy, chercheur associé au Musée canadien de l’histoire, dresse un inventaire détaillé des potagers urbains de la Nouvelle-France. « On cultive majoritairement des choux, des oignons, du céleri, des salades, des herbes à saler, des navets, des betteraves, des carottes, des fèves et des échalotes, écrit-il. Oublions les asperges, et les poireaux qui sont cultivés par une minorité seulement des citadins, de même que les radis, les courges et les pois. » L’auteur montre à quoi pouvaient ressembler ces légumes qui seraient sans doute jugés trop laids pour figurer dans les étalages aseptisés de nos supermarchés.

En se projetant dans le passé, les historiens adeptes de métissage ont parfois exagéré l’apport des Amérindiens à la table des colons. L’auteur rappelle à ce sujet que le blé d’Inde autochtone cultivé aux premiers temps de la colonie n’a été adopté que par nécessité. Cette variété de maïs, le plus souvent réduite en farine pour faire du mauvais pain, n’apparaît presque plus dans les potagers urbains de la fin du XVIIe siècle.

Sous l’Ancien Régime, on méprise également la patate. Faute de mieux, on en donne aux réfugiés acadiens qui fuient les déportations britanniques de 1755. Le tubercule mal-aimé prendra toutefois sa revanche dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, explique Hardy dans cet essai qui fait le tour du jardin.

Jardins et jardiniers laurentiens (1660-1800)

Jean-Pierre Hardy, Septentrion, Québec, 2016, 298 pages