Marianne Dubuc, la spontanéité au bout des doigts

L’auteure et illustratrice Marianne Dubuc entame une série d’ateliers dans quatre bibliothèques montréalaises dans le cadre du festival Métropolis bleu.
Photo: Mathieu Lavoie L’auteure et illustratrice Marianne Dubuc entame une série d’ateliers dans quatre bibliothèques montréalaises dans le cadre du festival Métropolis bleu.

L’auteure et illustratrice Marianne Dubuc est branchée sur le monde de l’enfance. Dans ses dessins, il faut voir la place qu’elle accorde aux détails qui se déploient comme autant de parcelles d’un monde perçu bien souvent que par les enfants. Ce sont ces mêmes petits détails qui seront offerts au jeune public du festival Metropolis bleu ces jours-ci alors que Marianne Dubuc entame une série d’ateliers dans quatre bibliothèques montréalaises.

Si elle a l’habitude des ateliers, la créatrice tient à garder une grande place pour l’improvisation, ne répugnant jamais à suivre son auditoire aussi loin qu’il le voudra. « J’aime échanger avec le public et m’adapter à lui. Je discute avec les enfants, je leur lis mes livres. Selon le groupe d’âge, j’explique le processus de création d’un livre puis, souvent, je finis ma rencontre avec un dessin. »

Elle aime bien s’ouvrir à leurs idées, souvent originales, toujours réjouissantes. « Ils me donnent des mots, par exemple un chat, un chien, un hamburger… Et je les mélange. Ça peut donner des choses éclatées comme un hamburger-oiseau, un dauphin-lapin. Je ne planifie jamais de grosses activités parce que j’aime m’ajuster. Je trouve ça amusant de partir d’eux. Ils sont généreux, ouverts, c’est très riche ce qu’ils apportent. »

Laisser de l’espace

À l’inverse, les enfants entrent aussi facilement dans son univers. « Je suis consciente de l’importance des détails dans la vie des enfants. Quand j’étais petite, c’est quelque chose que j’appréciais et que j’apprécie aussi encore beaucoup dans les livres. Quand je fais mes livres, ça part beaucoup de mon enfance, de mes souvenirs. Mais il y a aussi, parfois, l’absence de détails dans une image qui est intéressante. Tout n’est pas obligé d’être expliqué. »

Effectivement, si les détails pullulent dans ses albums, on trouve aussi son contraire, soit des pages blanches, un temps d’arrêt, un calme qui tranche dans le brouhaha et la rumeur sociale ambiante. « J’aime beaucoup les livres qui laissent de la place aux lecteurs. Ma façon de le faire, c’est de laisser de l’espace. Ainsi, c’est souvent plus calme, ça laisse le temps de réfléchir. »

Cette façon de faire est souvent en léger décalage avec la production actuelle. Cela ne la gêne pas du tout. Au contraire. « Je vais chercher des ambiances, des atmosphères de mon enfance qui datent des années 1980, c’est une autre époque, ça joue, j’imagine. J’aime les livres qui ont une lenteur. Ça force le lecteur à faire le travail. Le lion et l’oiseau est un bon exemple de ça. Les vides sont remplis par les lecteurs selon ce qui les touche dans le quotidien. »

Cette ouverture à l’autre et l’espace qu’elle laisse au lecteur s’inscrivent de plein fouet dans sa démarche. Marianne Dubuc carbure à l’authenticité. « Quand je dessine, je ne calcule pas vraiment. Je n’ai pas d’intention précise, sinon faire quelque chose d’honnête. J’essaie d’être sincère avec ce que je suis… » Et c’est sans doute aussi ce qui rejoint les lecteurs, l’absence de tape-à-l’oeil et cette impression d’être respecté.