Deux autres Renaud-Bray cessent la vente de magazines

Ce sont les cinq et sixième succursales de la plus grande chaîne de librairies québécoises à retirer les périodiques des tablettes depuis janvier.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Ce sont les cinq et sixième succursales de la plus grande chaîne de librairies québécoises à retirer les périodiques des tablettes depuis janvier.

Des éditeurs de revues, magazines et journaux — dont Le Devoir — ont reçu mardi une note annonçant que « la bannière Renaud-Bray a décidé d’éliminer la catégorie “magazines” dans les succursales de l’avenue du Parc [à Montréal] et de Brossard ». Ce sont les cinq et sixième succursales de la plus grande chaîne de librairies québécoises à retirer les périodiques des tablettes depuis janvier.

La note, envoyée par le diffuseur Messageries Dynamiques, précise « qu’il n’y aura plus de mise en marché pour ces deux succursales et les produits en cours seront redistribués dans d’autres points de vente ».

En octobre dernier, les 14 commerces de la bannière Archambault, acquise par Renaud-Bray quelques semaines plus tôt, se retiraient de la vente de magazines. Les Renaud-Bray de Lévis et du Carrefour Laval posaient le même geste en janvier, ceux de la Place Laurier à Québec et de la Plaza Saint-Hubert, en février. Les succursales montréalaises de la rue Saint-Denis et de Côte-des-Neiges continueraient, selon des employés de la chaîne qui requièrent l’anonymat, à offrir magazines, revues et quotidiens.

Jean-François Moreau, de Bayard Canada, nouveau président de l’Association québécoise des éditeurs de magazine, estime que ce « n’est pas une bonne nouvelle pour nos membres, deux autres points de ventes qui cessent de vendre de publications. Ça se traduira pour certains par une baisse de visibilité et une baisse de leurs ventes. C’est difficile pour certains magazines dont les chaînes représentaient un bon pourcentage de leurs ventes ».


Perte de revenus


Ce sera le cas entre autres chez Nouveau Projet. Pour Nicolas Langelier, rédacteur en chef, les conséquences seront trébuchantes et sonnantes. « L’ensemble des Renaud-Bray est un de nos principaux vendeurs, même si toutes les succursales ne sont pas égales. C’est une décision commerciale d’une entreprise privée, mais je trouve ça dommage pour eux, a précisé celui qui est aussi journaliste. Le magazine n’est peut-être pas ce qui rapporte le plus au pied carré dans un magasin, mais quand tu construis ton identité comme celle d’une librairie intéressante et diversifiée, les magazines sont symboliquement importants. »

« Cette décision,indique Sylvain Masse, directeur des publications de Protégez-Vous, est d’autant plus malheureuse que Renaud-Bray était, en partie du moins, un lieu où l’information et le plaisir des mots pouvaient se côtoyer. »

Ce qui inquiète Francine Bergeron, directrice générale de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), c’est de savoir que les adresses Renaud-Bray touchées figurent parmi la liste des 35 meilleurs points de vente de revues et magazines au Québec que lui a fournie le distributeur LMPI. Faut-il donc s’attendre au même geste de la part de la majorité des 30 magasins Renaud-Bray ? Le p.-d.g. de Renaud-Bray, Blaise Renaud, et sa préposée aux communications n’ont ni précisé la stratégie de l’entreprise ni répondu aux questions du Devoir.

Les quinze boutiques de la province proposent aussi des livres et des produits dérivés. « Il est absolument essentiel de bonifier l’offre. Chez nous, les livres sont en forte progression. La sélection est restreinte parce que nos magasins sont petits, mais chacun fait ses achats en fonction des désirs de ses clients — on traite beaucoup de demandes spéciales. »

Et côté « chinoiseries » ? « On est old school, on vend beaucoup de papeterie. On a du gugusse, oui, peut-être 25 % des superficies, mais on vend davantage de papier », indique monsieur Moreau, en assurant que les périodiques sont encore essentiels à l’entreprise.

Pas vendables, les revues ?

Les magasins Multimags et Jac Gil continuent de leur côté à mettre magazines, revues et journaux au coeur de leur commerce. Le directeur des opérations et mises en marché des magasins corporatifs de Corporation Presse Commerce, Christian Moreau, a indiqué au Devoir que si « la revue n’est évidemment pas un secteur en expansion, [leurs] affaires se maintiennent et sont stables par rapport à l’an passé. Le marché change, c’est sûr. Mais on est pratiquement les derniers à vendre des revues à Montréal. Les gens se déplacent maintenant pour venir aux Multimags. On s’imagine qu’on va récupérer une partie de la clientèle magazine de Renaud-Bray. » Le magasin de la rue Laurier, voisin du Renaud-Bray de l’avenue du Parc, remarque une forte affluence depuis une semaine.
3 commentaires
  • Marc Leclair - Inscrit 6 avril 2016 05 h 02

    Chez Renaud-Bray on trouve de tout, même un ami!

    Mais soyez sans crainte, Renaud-Bray ne cessera pas sa vente de bonbons, bibelots et pacotilles quétaines et inutiles. La culture kossa donne?

  • Michel Sarao - Abonné 6 avril 2016 08 h 33

    Chinoiserie !

    Chez Renaud-Bray à Victoriaville les livres ne sont pas en progression. La forte avancée se fait en gugusse qui représente 80% de la superficie.
    Renaud-Bray n'est plus un libraire, c'est un vendeur de chinoiserie. Peu importe ce qu'il faut vendre par ce qu' il est absolument essentiel de bonifier l’offre.

  • Nicole Delisle - Abonné 7 avril 2016 09 h 55

    Comportement bizarre de M. Renaud!

    Quand un PDG comme M. Blaise Renaud ne désire pas exposer sa stratégie, ni répondre aux questions des journalistes, il y a lieu de se poser des questions légitimes. Pourquoi se muer dans le silence? C'est apparemment plutôt louche.
    A-t-il des choses à se reprocher? Pourquoi ne pas être transparent? J'ai l'impression
    que ce monsieur n'a rien d'un vrai dirigeant d'entreprise, d'un leader dans son domaine. Quand on se réfugie dans le silence, en fuyant l'ouverture au monde, on doit soupçonner avec raison des agissements plus ou moins douteux, quant à l'intégrité, l'honneteté et la transparence. Qu'avez-vous à cacher, de non avouable,
    M. Renaud? Votre attitude ne nous encourage pas à acheter chez-vous!