Bande dessinée - Minutie, quand tu nous tiens...

Jordan Crane, jeune illustrateur américain de son état, est un perfectionniste. À preuve, la première impression de sa nouvelle création, Col Dee (Éditions de la Pastèque), n'ayant pas selon lui révélé la bonne teinte de bleu, il n'a pas hésité à envoyer le millier d'exemplaires au rebut et à exiger que les presses repartent d'un meilleur pied. Minutie, quand tu nous tiens...

On l'aura compris, Crane fait dans la dentelle. Et les aventures de Col Dee en sont sans aucun doute le reflet le plus intime. Le récit est d'une simplicité déconcertante. Sans effet criard dans le coup de crayon ou dans la mise en vignette, sans jeux de mots ni verbiage. Juste une histoire naïve d'un enfant tout aussi ingénu qui, se croyant en possession d'un dollar magique, cherche à sortir sa mère de la misère.

Mais de ce quotidien banal, le fondateur de l'anthologie de bandes dessinées Non arrive à extraire le meilleur. Sur sa table à dessin, un chat malade, les cigarettes qui se consument dans le cendrier d'une génitrice à la recherche d'un emploi et les concours de rots d'un groupe d'enfants espiègles répondant à l'appel de la consommation deviennent soudainement d'une tendresse infinie. Et le trait très tendance issu de l'illustration des années 60 n'y est pas étranger. Cela donne une petite balade dans le temps, les souvenirs et l'émotion, mais aussi une parenthèse agréable dans une journée bien remplie.