Détournements thérapeutiques acceptés

Figure de Tintin évoquée dans l’un des dessins qui ont circulé sur les réseaux sociaux.
Photo: Source Joann Sfar Instagram Figure de Tintin évoquée dans l’un des dessins qui ont circulé sur les réseaux sociaux.

La douleur a eu raison de l’intransigeance habituelle des héritiers de l’oeuvre d’Hergé qui, depuis les attentats de Bruxelles mardi matin, ont décidé de ne pas intervenir contre les nombreux détournements de l’image de Tintin qui circulent actuellement dans les univers numériques. Des relectures visant à appréhender le coup porté par les terroristes contre la capitale mondiale de la bande dessinée, qu’ils jugent en somme comme des gestes thérapeutiques nécessaires et difficilement répréhensibles.

« Comme tout le monde, nous sommes dans la peine, solidaires des victimes et de leurs proches, a indiqué mercredi Benoît Mouchart, directeur éditorial chez Casterman, la maison d’édition de Tintin, joint en Belgique par Le Devoir. Nous n’avons pas de réaction particulière à propos de l’utilisation de Tintin, symbole de l’innocence et de l’enfance à laquelle de nombreuses personnes se raccrochent dans cet instant de douleur et de deuil. »

Geste de solidarité

Depuis mardi matin et le double attentat perpétré à Bruxelles, la figure de Tintin a été convoquée dans plusieurs dessins produits par des bédéistes belges, français et même québécois comme geste de solidarité avec les victimes et les survivants des attaques terroristes. Plusieurs cases tirées des albums de Tintin ont également été sorties de leur contexte pour être mises en résonance avec le drame de Bruxelles. Ces dessins ont circulé de manière frénétique dans les réseaux sociaux, en plus d’être abondamment reproduits par plusieurs médias à travers le monde.

La tolérance affichée dans les circonstances par les ayants droit de l’oeuvre d’Hergé tranche avec la riposte judiciaire qu’ils réservent normalement à ce genre de reproductions et de détournements. Dans les dernières années, plusieurs sites Internet créés par des amateurs et dédiés à la mémoire du plus célèbre des reporters dessinés ont dû fermer après des poursuites intentées par Moulinsart SA, l’entreprise qui gère, avec Casterman, les droits de reproduction du patrimoine d’Hergé.

Ce corpus ne doit entrer dans le domaine public qu’en 2053 en Europe. Cette intransigeance plombe d’ailleurs régulièrement les relations entre les fidèles de Tintin, les biographes d’Hergé, les chercheurs en bande dessinée et les héritiers d’Hergé.