La bande dessinée face à l’horreur

Le dessin du Québécois Sylvain Grand’Maison a beaucoup circulé, au point de faire son chemin jusqu’au «Guardian» de Londres.
Photo: Grand’Maison Le dessin du Québécois Sylvain Grand’Maison a beaucoup circulé, au point de faire son chemin jusqu’au «Guardian» de Londres.

L’image est frappante : Tintin arrive devant un capitaine Haddock assommé dans son scaphandre d’astronaute. Il lui dit : « Moi aussi capitaine, j’ai parfois envie de déménager sur la lune ». En quelques heures à peine, sur les réseaux sociaux, plus de 2700 personnes lui ont répondu, en partageant cette case, et en disant : j’aime.

L’un ne pouvait pas arriver sans l’autre. Dans les heures qui ont suivi le double attentat de Bruxelles, capitale mondiale de la bande dessinée, petites en grandes figures du 9e art ont été convoquées pour faire face au choc, à l’horreur et à l’incompréhension, comme dans cette relecture des aventures du plus célèbre des reporters de la bédé, revisitées par le bédéiste français Joan Sfar sur son compte Instagram.

Tintin en train de pleurer, Milou cherchant le réconfort auprès d’un autre chien accompagné d’un double mot-clic, #Bruxelles et #OnTaime : le personnage mis au monde par Hergé en 1929, à une époque où Bruxelles était encore épargnée par la violence aveugle et gratuite du terrorisme international, a été largement mis à contribution depuis le début de ce mardi noir en Europe pour panser la plaie du mal, comme avec ce dessin imaginé par le jeune illustrateur de presse Bidu et montrant un capitaine Haddock courant derrière d’un terroriste en hurlant : « Cornichons ! Ectoplasmes ! Dindons ! Canailles ! Pignoufs !…. Crétins ! Lavés du cerveau ! Lâche du slip. Fils de vos oncles ». La poésie d’Hergé ramenée au bon souvenir du présent pour le rendre un peu plus supportable.

Ailleurs, c’est Le Chat de Philippe Geluck, philosophe félin, qui a pris la parole, au nom de cette solidarité avec les victimes et survivants des attentats, en détournant le désormais incontournable « Je suis Bruxelles » en un bien senti « Je suis triste ». L’image s’est répandue dans les univers numériques comme des croquettes autour de l’écuelle d’un chat quand il mange. Et ce, non pas pour faire rire, mais pour éviter de pleurer.