La fin de rien, Frédérick Tristan

La peur est un thème universel et inépuisable. Kafka est un maître écrivain de cet absurde par-dessous tout, qui vient du collectif savamment appliqué à détruire l’humain, sa singularité, son droit d’exister. Peur panique de l’innocent, de l’être que rien ne disposait à affronter la grosse machine à broyer, l’erreur judiciaire, et qui doit en plus participer à son propre anéantissement, l’approuver, le cosigner. C’est cette histoire éternelle que reprend Frédérick Tristan, qui signe un récit de l’effroi et de l’enfermement dans un pays de l’Est, sans doute la Pologne des années 30. Cet ancien Prix Goncourt (, 1983) est l’auteur d’une oeuvre abondante, dont ce huis clos, , dialogue paradoxal entre une victime et son juge-bourreau, grotesque personnage canalisant les ruses auxquelles la naïveté et la raison ne peuvent précisément rien. Lecture aisée d’un historique, moins fort que ses grands modèles, ce fantasme se tient près d’imaginer ce qu’aurait été le monde de chacun si quelque chose s’était passé dans cet univers accusateur, antisémite et procédurier, qui aurait pu faire que la Seconde Guerre mondiale n’ait pas lieu.

La fin de rien

Frédérick Tristan, Cherche Midi, Paris, 2015, 140 pages