La collection personnelle de Jacques Ferron trouve refuge à Longueuil

C’était officieux, c’est maintenant officiel : les quelque 2500 bouquins qui constituaient la bibliothèque privée de Jacques Ferron (1921-1985) seront prochainement nichés aux archives de la bibliothèque Claude-Henri-Grignon, après la finalisation du don de la succession du docteur-écrivain, qui a travaillé à Longueuil pendant une trentaine d’années.

Les chercheurs comme les curieux pourront se mettre le nez dans le Récit fidèle de la tortue vivante, tirée du genou d’un musicien habitant et bourgeois d’Annessy en Savoye, de 1686 — le plus vieux titre de cette collection —, ou dans les livres de littérature religieuse populaire où l’auteur de L’amélanchier (1970)et Du fond de mon arrière-cuisine (1973) et le fondateur du Parti Rhinocéros puisaient ses idées.

Puiser dans les livres

« Jacques Ferron a largement utilisé ses lectures dans ses oeuvres, dans ses Historiettes, entre autres, explique Luc Gauvreau, curateur culturel et spécialiste de l’auteur. Il puisait ses anecdotes un peu farfelues dans la littérature mineure, dans les monographies de paroisse, dans les légendes et les contes. Sa bibliothèque était plutôt hétéroclite, comme son oeuvre. On s’attendrait à ce qu’elle soit composée essentiellement d’oeuvres romanesques ou de fiction, mais il a plutôt la bibliothèque d’un homme de lettres, d’un encyclopédiste. Près de la moitié des titres sont reliés à l’histoire. Il tenait aussi tout un ensemble d’oeuvres mineures, et des textes secondaires de grands auteurs comme La vie de Notre Seigneur Jésus Christ, de Charles Dickens. On trouve plusieurs ouvrages un peu abîmés, un peu anciens. À côté du Dictionnaire de Pierre Bayle, ce chef-d’oeuvre en quatre grands in-folio impeccable, on trouve de ces petits ouvrages excentriques dont il nourrissait son oeuvre. »

Peu de livres de médecine, très peu de documents scientifiques, sinon un vieux Littré et des textes anciens sur l’accouchement, ainsi que son ancien manuel d’obstétrique. Mais plusieurs récits d’écrivains-médecins (Tchekhov, Ringuet). « Son seul voyage en Europe, au milieu des années 1970, c’était en Pologne, pour assister au congrès international des écrivains-médecins », s’amuse Luc Gauvreau.

Mise en valeur

Quand la bibliothèque était encore sise dans la maison familiale de Saint-Lambert, la veuve de Ferron permettait déjà à ceux qui le voulaient de venir la consulter. C’était son désir de voir les livres trouver asile dans un établissement public de Longueuil afin d’être accessibles à tous. La bibliothèque a dû être déménagée d’urgence lorsque madame a quitté la maison, entreposée alors de manière temporaire à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. La Ville de Longueuil les a récupérés en 2012 — un dégât d’eau ce printemps-là a d’ailleurs abîmé, triste hasard, une partie de la collection, — mais ce n’est qu’en décembre dernier que les derniers papiers concluant la transaction ont été paraphés.

Luc Gauvreau a hâte de savoir comment la bibliothèque, ou peut-être le centre culturel Jacques-Ferron, mettra la collection en valeur, comment elle sera rendue accessible au public. « Il ne s’agit pas simplement d’entreposer des boîtes. Et ce n’est pas simple de trouver la manière de donner un accès à des livres parfois fragiles. »

Tous les titres de cette biblio personnelle ont déjà été consignés, une des filles de Ferron, bibliothécaire, s’étant chargée de l’inventaire. Ils se retrouvent à ecrivain.net/ferron, dans la Grande Ferronnerie.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 16 mars 2016 05 h 06

    Ouf !

    Ouf !
    Merci à celles et ceux qui se sont impliqués dans l'intention de garder cette collection rassemblée et disponible...
    Mission accomplie, je crois.