Un reportage qui «fait mal» à tout le milieu

L’émission «Enquête» a diffusé un reportage décrivant, à coups d’entrevues d’auteurs lésés et d’éditeurs visiblement sur la défensive, une situation marginale mais tout de même bien réelle du monde de l’édition québécoise.
Photo: Jordi Ramisa Getty Images L’émission «Enquête» a diffusé un reportage décrivant, à coups d’entrevues d’auteurs lésés et d’éditeurs visiblement sur la défensive, une situation marginale mais tout de même bien réelle du monde de l’édition québécoise.

Les quelques cas « exceptionnels » d’éditeurs arnaqueurs d’auteurs ne doivent pas ternir l’ensemble de la profession, ont plaidé vendredi de nombreux intervenants du monde de l’édition, alors que l’éditeur et auteur Victor-Lévy Beaulieu mettait en demeure Radio-Canada et l’une de ses ex-collaboratrices pour les propos présentés par l’émission Enquête.

La veille, l’émission d’ICI Radio-Canada diffusait un reportage décrivant, à coups d’entrevues d’auteurs lésés et d’éditeurs visiblement sur la défensive, une situation marginale mais tout de même bien réelle du monde de l’édition québécoise. Des éditeurs tels que Marcel Broquet profiteraient de la naïveté ou du désir d’être publié de certains écrivains, exigeant de ceux-ci qu’ils achètent — souvent au plein prix — des centaines d’exemplaires de leur propre livre s’ils veulent voir celui-ci publié. Pire, ces éditeurs continueraient à toucher des subventions gouvernementales alors que celles-ci excluent les livres publiés à compte d’auteur.

Victor-Lévy Beaulieu n’a pas apprécié d’être assimilé à ces personnes, comme en témoigne la mise en demeure acheminée à ICI Radio-Canada et l’auteure Francine Allard, citée dans le reportage. Il les met en demeure et leur demande de se rétracter, ce que ni l’un ni l’autre n’ont l’intention de faire.

Ailleurs dans le milieu, on accuse le coup. « Il y a des choses là-dedans qui sont assez horribles à voir. Ça a été assez peu moral comme attitude de la part de ces éditeurs », a estimé Richard Prieur, le directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL).

Mais il faut séparer le bon grain de l’ivraie, plaide-t-il. « Dans ce reportage, plusieurs des éditeurs interviewés ont tendance à dire que tout le monde fait ça. Or, ce ne sont pas des pratiques répandues », assure-t-il.

Comme plusieurs, il déplore des « généralisations » dans le reportage d’Enquête.


« Je ne blâmerai pas le travail journalistique parce que je ne suis pas un expert en la matière. Mais j’ai l’impression qu’il y a eu beaucoup de raccourcis et qu’il y a eu une tendance à la généralisation, et c’est un peu triste. Une très grande majorité d’éditeurs travaille en totale collaboration avec les auteurs. »

L’auteure Francine Allard juge pour sa part le reportage « minimaliste », mais espère qu’il pourra mener à un plus large débat sur l’état du livre québécois.

Président des éditions Alto, Antoine Tanguay accueille avec prudence les révélations d’Enquête. Il est malheureux que quelques pommes pourries viennent laisser croire « qu’on vient profiter des subventions pour se faire de l’argent sur le dos des auteurs ». « C’est un reportage qui vient entacher le travail honnête de 95 % des éditeurs. Ça nous fait mal, à tout le monde. On a une obligation de transparence. »

En entrevue vendredi, le rédacteur en chef d’Enquête a défendu le travail de son équipe journalistique. Il est faux de croire qu’on a voulu résumer ici toute l’industrie du livre, a insisté Jean Pelletier. « Comme pour n’importe quel journaliste qui fait son métier, si on critique un avocat, le barreau va dire qu’on critique toute sa profession, expose-t-il. Or, c’est sûr qu’en critiquant quelques policiers, on ne critique pas toute la police. Il y a de très bonnes maisons d’édition. Comme toujours, nous avons rapporté des faits vérifiés. »

1 commentaire
  • David Létourneau - Inscrit 12 mars 2016 13 h 00

    Questions et constat

    Radio-Canada est-il toujours le bras armés de la propagande politique fédérale? Enquête serait-il donc son char d'assault? Avez-vous remarqué, comme moi, que les institutions fédérales sont passées en mode "agressif" depuis deux ou trois ans? Le but non avoué de ce dernier reportage est de fournir les assises nécessaires à un désinvestissement massif dans le monde de l'édition du Québec, pour faire taire ses penseurs et ses auteurs. Beau travail rhétorique de demi-vérités, M. le rédacteur en chef d'Enquête, vous n'êtes pas un journaliste dans cette posture très précise, mais pas du tout, et vous le savez très bien...