Abus dans le domaine de l’édition?

Un éditeur qui publie des livres «à compte d’auteur», soit en facturant les coûts de production à ses auteurs, n’est pas admissible à une subvention.
Photo: iStock Un éditeur qui publie des livres «à compte d’auteur», soit en facturant les coûts de production à ses auteurs, n’est pas admissible à une subvention.

La Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) avait eu vent de la plainte de Christine Labrecque concernant les frais que son éditeur, Marcel Broquet, lui avait réclamés pour la production de son livre, Sarah fille de dragon. Après avoir été mis au fait de cette dénonciation, l’éditeur a retiré sa demande de subvention concernant le livre de Mme Labrecque, a expliqué jeudi au Devoir la présidente de la SODEC, Monique Simard.

Mme Simard ajoute par ailleurs que la SODEC est en train de réviser ses questionnaires aux éditeurs qui demandent des subventions, et qu’ils pourraient être plus spécifiques dans les questions concernant les frais perçus par les éditeurs auprès des auteurs.

Le cas de Mme Labrecque était exposé jeudi soir à l’émission Enquête, de Radio- Canada. Mme Labrecque y raconte comment Marcel Broquet lui avait demandé 11 745 $ pour la production de son livre, qui n’a finalement été publié qu’à quelque 500 exemplaires. Avant de retirer sa requête, M. Broquet avait aussi fait une demande de subvention pour l’ouvrage de Mme Labrecque.

À la SODEC, on précise qu’un éditeur qui publie des livres « à compte d’auteur », soit en facturant les coûts de production à ses auteurs, n’est pas admissible à une subvention. Par ailleurs, Isabelle Mercille, responsable des relations publiques pour la SODEC, affirmait attendre de prendre connaissance de l’ensemble du reportage et du dossier pour décider si d’autres actions pouvaient être entreprises contre l’éditeur.

Dans un texte paru jeudi sur le site de Radio-Canada et écrit à partir du reportage, on affirme que d’autres auteurs disaient avoir reçu le même genre de demandes de la part de Marcel Broquet, ce que l’éditeur nie vigoureusement.

À l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), on voulait également entendre la version de l’éditeur avant de prendre des mesures contre lui. « On n’est pas un ordre professionnel, dit Richard Prieur, directeur général de l’ANEL. Mais si on estime que le comportement d’un membre est préjudiciable à la profession », l’Association peut prendre certaines mesures contre lui. Le fait que Mme Christine Labrecque souffre du syndrome d’Asperger aggrave le cas, selon lui. À ce moment-là, dit-il, « c’est de l’abus, on profite de quelqu’un ». M. Prieur soutient d’ailleurs que depuis quelques années, l’ANEL travaille main dans la main avec l’Union des écrivains du Québec (UNEQ). Mme Simard croit de son côté que cette pratique « est rare ». « Si c’était si répandu, on le saurait », dit-elle, ajoutant que la SODEC n’a pas de pouvoir d’enquête. Du côté du Fonds du livre de Patrimoine Canada, qui a également versé des subventions aux éditions Broquet, on attendait aussi d’en savoir plus avant d’agir.

À L’UNEQ, on confirme avoir reçu une plainte de Mme Labrecque. « On n’est pas surpris parce qu’on savait que ce reportage-là se préparait, dit le directeur, Francis Farley-Chevrier. Pour nous, c’est difficile de dire si les cas sont fréquents. Il y a des cas qui sont portés à notre connaissance. »

 

Prévention

L’UNEQ tente plutôt de travailler du côté de la prévention, et convie les auteurs à être vigilants au moment de la signature d’un contrat.

Par ailleurs, la présidente de l’UNEQ, Danielle Simpson, estime que « les lois actuelles et les moyens pour les appliquer manquent de dents. L’UNEQ travaille avec l’Association nationale des éditeurs de livres à valoriser les meilleures pratiques en édition, mais estime que c’est aux gouvernements d’améliorer la protection des auteurs en ce qui concerne leur propriété intellectuelle et la juste rétribution de leur travail ».

L’UNEQ précise que les auteurs qui en sont leurs premières armes ne connaissent pas toujours leurs droits, et que c’est un défi pour l’UNEQ de les rejoindre. L’organisme offre une heure gratuite de conseiller juridique par année à ses membres.