Détroit, D-Track

« Detroit : des chars et du rock’n’roll. Not a bad combo », a un jour lumineusement déclaré le chantre de l’Amérique Bud Light Kid Rock au sujet de sa région natale. Pas exactement le plus pénétrant anthropologue en Occident, le « pimp de la nation » aura négligé d’inclure dans sa description l’ingrédient principal sur lequel la ville des moteurs a assis son identité et son mythe : le courage. D-Track, heureusement, ne souffre pas de la même myopie que son homologue étasunien. En visite au Michigan en 2014 pour le tournage d’un vidéoclip tiré de la pièce Occupons l’hiver, David Dufour découvre un paysage décimé par la crise économique, terre sacrifiée d’un pays abonné au déni. Le rappeur et slameur dégaine son iPhone afin d’immortaliser en photos, comme on peint des natures mortes, un funeste cortège d’immeubles abandonnés, d’intérieurs graffités et de murs rongés par les moisissures. Magnifique carnet d’artiste ponctué de codes QR menant vers des vidéos et des extraits musicaux, Détroit regroupe ces images ainsi qu’une série de poèmes, de textes de chansons et de slams célébrant moins la capitale de l’automobile elle-même que l’entêtement et l’espoir pouvant légitimement revendiquer une ville ayant essuyé son lot de claques sur la gueule. 

Détroit

D-Track, Neige-galerie, Gatineau, 2015, 56 pages